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 L'orage n'est jamais sans bruit

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Utapahe

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Messages : 309
Date d'inscription : 25/11/2009

MessageSujet: L'orage n'est jamais sans bruit   Sam 14 Mai - 19:30

[HRP] en quelque sorte une explication à mon absence prolongée qui ne saurait durer plus longtemps d'ailleurs.

Thème musicale du texte: Emily Browning - Asleep
[/HRP]



La pluie battante de la sombre nuit avait ce bruit assourdissant de silence brisé par les seules gouttes d’eau frappant sol, tronc, habitations et vêtements. Des feux, il ne restait que de la fumée mouillée et quelques ruines noircies. Cependant, la petite maison au fond tenait encore, comme épargnée. Des contours difformes de cette vision floue et sombre, se détacha une large silhouette délimitée par deux pâles lumières orangées. Le bloc se déplaçait à la manière d’un fantôme : lentement, silencieusement et sur un élan continu que nulle force ne saurait arrêter. Et toujours ce seul bruit de l’eau contre la matière, pour lui le métal, pour elle le tissu de sa cape. Au seuil de la porte, légèrement éclairé par la timide lune perçant un nuage, apparu la figure grave et fermé d’un tauren, qui se pencha en avant pour jeter un œil à l’intérieur. Les bras soutenant une petite forme enveloppée dans un grand tissu, Utapahe souffla des naseaux, comme un animal hésitant à prendre un pas. Le cou, fumant encore, il aurait pu passer pour un spectre pénétrant son tombeau. Le sol devant lui était empli de poussière, percé de ça et là par de récentes traces de pas éparses. Les rares meubles encore présents ressemblaient à ce que l’on décrit dans les contes pour effrayer les bambins. Mais le plus frappant était le dôme de silence que procurait le lieu et ce malgré l’effroyable temps. Un éclair fendit le ciel, faisant tourner la tête du tauren, qui s’engouffra à l’intérieur, toujours avec cette lenteur, accompagné par un coup de tonnerre lourd et long. Il ne fallu pas longtemps pour que l’endroit apparaisse tel qu’il l’eut connu il y a des années, aussi monta-t-il, soufflant la poussière sous ses sabots, à l’étage jusqu’à une petite chambre. Tête baissée, presque recourbé sur son précieux colis toujours soutenu comme un bébé, Utapahe balaya la pièce du regard. Rien n’avait changé si ce n’est que le tapis était mité, et en lambeaux.

S’approchant du vieux lit, lui exempt de poussière, il y déposa avec mille et une précaution la silhouette emmitouflée dans sa cape, prenant un grand soin presque religieux à ne pas faire un mouvement brusque. Ainsi un genou à terre face au lit, une main rosée sortie de la cape trempée pour aller effleurer le mufle du tauren qui remonta son regard du bras au visage.


- Je suis heureuse, tauren… articula à mi voix l’humaine.

En guise de réponse, un sourire transpirant la bienveillance et la bonté fendit le visage balafré, avec le regard de ceux qui ont un sombre regard sur l’avenir. Elle l’avait aussi, ce sourire de bonheur complet, avec l’œil résigné qui voit au tournant la faucheuse les attendre patiemment.

- Heureuse que tu sois revenu… Quand même revenu…
- Utapahe ne part jamais pour toujours. Utapahe a promis, murmura-t-il dans un commun usé et grandement oublié.

Sa main se reposa contre celle de la jeune humaine, alors qu’il fermait les yeux. Avant qu’il ne puisse articuler une excuse, un mot qui s’étranglait dans sa gorge, la main se resserra doucement contre la joue de la bête.

- Ne soit pas triste, Utapahe. Je suis assez heureuse comme ça… Et ce n’est pas ta faute. Tu es brave.
- Utapahe ne veut pas… faire un adieu de plus.
- Ce n’est pas un adieu, continua-t-elle, la voix se perdant déjà dans le murmure. Je reste avec toi…

Avec effort et difficulté, elle attrapa son cou, pour détacher un pendentif qu’elle déposa dans le creux du morne tauren. Son regard avait changé. Il était rempli d’espoir, comme si elle eut vu poindre le soleil entre les nuages. Refermant la main gantée, qui se laissait faire en silence, elle commença à chantonner tout bas, de manière presque inaudible… et puis se perdit dans un silence, un souffle.

Un éclair éclaira le temps d’un battement de cil la chambre, et la silhouette du tauren, tête baissée, immobile comme une statue sentinelle, se déchira du mur. Quelques minutes plus tard, après une longue prière à la Terre Mère pour le repos de l’humaine, Utapahe ouvrit les yeux et la main, contemplant le pendentif. Il caressa les initiales E.M en relief doré sur l’or du pouce, les effleura. Puis, se relevant, il passa une main sur le crâne d’Eli.


- Un au revoir, car je sais désormais que tu n’es pas loin, jeune maîtresse, murmura-t-il en taurahe. Ni fouet, ni entraves, C’est mon vœu que d’être lié désormais à ton esprit.

Une fois dehors, il remit son casque sur la tête, ses quatre lueurs se réactivant. La pluie s’était amoindrie. Le tauren s’arrêta au seuil de la demeure et y lança un dernier regard et soupir.


A l’aube, sur les quais de la Baie du butin, un tauren regardait le soleil poindre, une main sur son torse, caressant le précieux pendentif, solidement ancrée sur ses sabots, immobile et stoïque tel une colonne de pierre. Quelque chose en lui se brisa. Quelque chose d’enfoui et cru perdu. Un pilier venait de céder. Quelque part, au loin, une larme s’échappa pour finir dans cette mer houleuse en proie à la guerre. Une larme de plus, pour une peine de plus.

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Utapahe

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Messages : 309
Date d'inscription : 25/11/2009

MessageSujet: Re: L'orage n'est jamais sans bruit   Lun 1 Juin - 2:28

Le son du métal relâchant sa fumée brûlante, la vapeur émanant du bac d’eau, venant se coller au pelage déjà brûlant, fini par achever la volonté de continuer plus loin. Quatre jours et nuits dans le ventre des enfers, entre fournaise et canicule artificielle, le tauren ne tint plus. Il était temps de sortir un peu, prendre la brise marine et refroidir le pelage fatigué, les bras chauffés et lassés. Il raccrocha le morceau d’armure sombre à son crochet et la contempla un instant. Il avait rassemblé rapidement les quelques éléments manquants, car comme tout combattant aguerri, il avait appris à préparer des pièces de rechange. Ça-et-là quelques modifications, ayant repris mais pas entièrement sa masse d’antan. Quelques ajouts, quelques retraits. Une évolution, à l’image de son porteur.

Il était de retour, enfin. Il n’y croyait encore qu’à moitié et se trouvait incapable de dormir tranquille la nuit. Les longs mois dans une contrée rongée par un combat incessant et global, il avait passé tant de temps dans un état d’alerte, même endormi, que malgré les quelques semaines de retour chez les Maestria, ou plutôt en tant que leur voisin, ne purent réparer ce qui l’avait changé.

Il avait vu tomber des jeunes, des vétérans, des amis et des visages inconnus, aux coups de hache, aux explosions. A cette maudite étoile de fer. Pour le tauren qui jusque ici c’était contenté d’un rôle diplomatique, ou modérément loin des combats, pour cet ancien instructeur et mercenaire, il y avait une faille qui s’était ouverte dans son esprit et son âme. Il l’avait étouffée, couverte et bâti par-dessus pour la cacher comme une trace disgracieuse sur le visage. Mais entouré de la violence, de la mort, comme jamais, il y avait eu un goût dans la bouche du tauren, un goût oublié. C’était le goût du sang, et l’odeur du noir. Se privant bien de partager l’entièreté de son passage en Draenor, pour se préserver et ne pas se voir renvoyer pour de bon, cela n’empêcha pas les changements chez Utapahe. A commencer par son ressenti face à l'adversaire.

Étant de ceux qui survivent, mais de ceux dont la Rage dévorait comme un feu de prairie, il y eut dans ses tréfonds, un monstre qui s’était éveillé comme un requin sentant le sang. Depuis son exil des Aube-Nuage, il n’y avait eu que trois fois une Rage. Grâce aux Maestria, leur présence, la paix relative des lieux, Utapahe pu se reconnecter avec qui il était. Avec sa paix. Mais sa Rage le guettait, désormais consciente et en pleine possession de ses moyens.

Il s’était perdu en Draenor. Dans le carnage, dans la Mort et le combat. Il avait abandonné son épée plus d’une fois pour une hache, pour sa bâtarde affûtée. Ce jour, où l’étoile de fer mis fin à son groupe, ce jour, était un jour où il avait perdu la raison. Non pas après, découvrant les corps décharnés, amputés et désarticulés de ses camarades, mais déjà avant. Il avait pris le goût du sang de Fer. Il en devenait ivre, avec une discipline toute aussi contraire. Le sang l’appelait et il mettait un point d’honneur à répondre à cet appel avec la force et la sauvagerie que son savoir martial lui octroyait.

Les yeux encore sur l’armure, Utapahe sorti, émergeant lentement, sa carrure massive reposée sur une poutre externe. Et c’était peut-être la première fois depuis son retour, qu’il se sentit ô combien fatigué. Comme après un combat, après le danger. Tout retombait. Ses épaules devinrent des rochers au poids écrasant. Ses sabots le tenaient debout, et c’était bien la seule partie de son corps encore apte à le faire. Il attrapa, aussi usé qu’un ancien, l’outre tendue d’eau et la vida, impassible et las, d’une longue et lourde rasade. L’air venait enfin caresser son pelage, le faisant frémir un instant.

Il était de retour. Un brin plus sombre, comme son armure. Un brin moins pacifique, comme ses armes. Un brin moins… Aube Nuage, encore. Les yeux étoiles, il se demanda, l’espace d’un instant, s’il se retrouvait un brin moins lui par extension. Le bois au-dessus du tauren craqua doucement, comme un appel.


- Rentré ? demanda une voix familière. Ou tu viens juste exhiber tes muscles de colosse poilu aux gob’ ?
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