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 NE VA PAS VERS LA LUMIERE !

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Canker

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MessageSujet: NE VA PAS VERS LA LUMIERE !   Jeu 16 Oct - 3:15

Premier pas.

La lumière. Parfois je me demande si elle m'a au moins une fois écouté. Physiquement je ne le suis pas, mais je suis moralement épuisé. Chaque jour se ressemble, et je n'avance pas d'un pouce, j'attends je ne sais plus quoi. Ma fin peut être ? Bah, trêve d'introspection.

J'ai fini d'empiler les cadavres, plus qu'à y bouter le feu. Me saisissant d'une torche, je l'envoie sur le charnier et j'observe les corps sans vie se faire dévorer par les flammes. Il est sans doute préférable que je ne puisse plus rien sentir, l'odeur doit être infecte. Au moins eux, ils ont connu une fin par ma lame, peut être que l'un d'entres eux auraient su me défaire ? Hm, Malkin aurait été triste, trop triste, je n'ai pas le droit de périr, elle a besoin de moi tout comme j'ai besoin d'elle je suppose. Je ne sais plus vraiment quoi penser.

Je me détourne finalement du charnier, la fumée a de quoi rivaliser avec celle qui s'échappe de la forge. Au moins John a de l'occupation, lui il n'est pas près de s'ennuyer, une routine toute tracée et un objectif bien particulier. Peut être que je devrais faire comme lui, me renseigner sur toutes les histoires abracadabrantes sur les épées mythiques, et me lancer dans la forge-magie. Magie... non, jamais je ne pourrais embrasser une telle cause. Qu'il garde donc sa forge, le Comté n'a besoin que d'un maître-forgeron.

Je chemine dans les ruelles,

"Tsah."

Ils ont fichu une sacrée pagaille, il va me falloir plusieurs jours pour rénover les rues, d'où venait ceux-là ? En général les morts errent sans but, ceux-là semblaient particulièrement organisés. Il faudra qu'on enquête là dessus. Peut être que je vais autoriser Malkin a placer ses fameuses balises de lumière, si cela nous permet d'empêcher de telles incursions.  C'en est presque ironique, elle ne m'a jamais écoutée, mais elle est constamment autour de moi où que j'aille, fichue lumière.

Je ne trompe plus grand monde en disant ne pas aimer la lumière, il faut dire que ma manière de laisser œuvrer mon épouse est criante de vérité. Je n'éprouve plus rien, plus de sentiment, mais quand je la vois faire, je ne saurais l'expliquer, un mélange de fierté et de respect sans doute, il est curieux que j'en ai la sensation. J'ai dû mal à imaginer toute la douleur qu'elle peut supporter, alors que je plie déjà un genou à terre à la moindre salve sacrée que je me prends en pleine figure. Elle est bien plus forte que moi, et elle a un but.

J'arrive face à la chapelle, je ne me suis même pas rendu compte que j'y allais. Il est incroyable que cette vieille charpente est tenue le coup durant autant d'années. Sans entretien elle ne passera pas l'hiver j'en ai peur. Il faudra sans doute que j'essaie de la rafistoler. Beaucoup d'engouement pour une vieille bicoque ? Ce n'est pas qu'un simple bâtiment, sinon pourquoi suis-je incapable d'y entrer ? Au moindre pas que j'entreprends sur le seuil, je sens un tel poids sur mes épaules que j'en manquerai de m'écrouler, c'est trop dur.

La dernière fois que j'ai essayé, Malkin était assise sur un banc à l'intérieur, le regard qu'elle m'a lancé m'a... je ne sais pas dire, attristé ? En général, on lit la détermination et la volonté dans son regard. Ironiquement je puis sans mal dire qu'elle a mes yeux, vu que je lui ai réellement donné ceux qu'on m'avaient pris. Mais lorsque je suis tombé à genoux sur l'entrée, et que j'ai fait demi tour, en croisant son regard j'ai perçu une sorte de peine, de détresse. Elle espère me voir emprunter le même chemin qu'elle ? Que nous marchions main dans la main sur la voie de la lumière ? A une époque je me serais braqué et j'aurai rit à gorge déployée, maintenant je ne suis plus si sûr. C'est peut être le but que je cherche ?

Je secoue simplement la tête, me détournant de la bâtisse, je songe un peu trop, il est grand temps que je retourne en Mulgore. Gagnant l'écurie, je selle l'un de nos paleffrois, je l'équipe de son harnois, des quelques sacoches. Prêt à partir ? Peut être, mais avant un passage à ma bibliothèque, autant prendre une gazette ou deux du "Le Magnifique", ça m'occupera, et ça me rappellera l'ancien temps. Dommage que l'éditeur soit mort pour de bon... quoique nan, c'est une bonne chose, je n'aurai pas aimé voir la déchéance d'un tel succès.

Paré, j'enfourche mon destrier, calle mes solerets dans les étriers, et je donne un petit coup de bride. Adieu Villers, je reviendrai dans une semaine sans doute.

Je ne peux m'empêcher de songer, si j'avais eu le courage de survivre... Je serais devenu un paladin ? Bah, ne soyons pas stupide.

Je serais ridicule en jaune.

________________________________________

" Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.

Dans un coeur troublé par le souvenir, il n'y a pas de place pour l'espérance.

La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité.

Tu trouveras, dans la joie ou dans la peine, ma triste main pour soutenir la tienne, mon triste coeur pour ecouter le tien"
Alfred de Musset

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Canker

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MessageSujet: Re: NE VA PAS VERS LA LUMIERE !   Jeu 16 Oct - 3:33

Deuxième pas.

Ils sont vraiment organisés. Je me tiens à deux pas de l'écurie, regardant vers le Nord, apercevant sans mal ce contingent de squelettes qui approche. John les a détectés il y a sans doute une heure, il n' a pas perdu l'enseignement de laquait de la Dame Noire qu'il a reçu, c'est certain. Nous avons eu tout le temps de les voir venir, de nous préparer.

J'adresse un regard à mon épouse, me tenant à distance respectable pour ne pas subir l'effet de cet aura de lumière qui émane d'elle. Elle est rayonnante dans sa tenue de dévote, le tissu d'un blanc immaculé ne faisant que scintiller d'avantage alors qu'elle tient à pleines mains ses reliques de lumière. Elle n'en souffre pas et à la voir avec un sourire si épanoui malgré le danger imminent je la croirai presque heureuse. Elle me rend un bref signe de tête, on lit la détermination dans son regard, elle est prête.

Je tourne alors mon regard sur la gauche, mon oncle se tenant à deux pas, lames au clair. Il a sorti sa vieille tenue de nécrotraqueur pour l'occasion, du cuir sombre parsemé de lanière dorée, si il ne se battait pas avec et n'était pas aussi efficace qu'un des plus grands assassins d'Azeroth, je qualifierai bien tout cela de pompeux et tout juste bon à servir d'apparat. Mais il est prêt lui aussi, et je lis la rage et l'envie de meurtre dans cette lueur jaunâtre qui perce tout juste à travers sa cagoule.

Je me tiens au centre, arborant mon armure de Chevalier et vérifiant une dernière fois mes sangles. C'est perturbant, j'ai le sentiment de me sentir au centre non pas physiquement mais spirituellement. John n'a d'yeux que pour l'Ombre oubliée, Malkin ne jure que par la Lumière, et moi je n'ai foi en rien. Plus rien. Cette balance ne demande qu'à pencher je suppose. Ou bien resterai-je à jamais l'enfant égaré entre deux voies. Qui sait. Trêve d'introspection, mon esprit triste et malade n'est pas une priorité.

"Ils sont une vingtaine." Me souffle John, fixant lui aussi le Nord.

-Seulement vingt ?
-Il faut croire.
-Armement ?
-Ils sont plutôt bien équipés pour la plupart. Des armures de plates n'entravant pas les articulations, épées, boucliers, lances. Je crois qu'il y a quelques archers.
- Et ils avancent d'un bon pas en notre direction. Tu as une idée de ce qu'ils veulent ?
-Pas la moindre idée, cher neveu. Si quelqu'un est derrière tout cela, il va probablement vouloir éprouver notre force. Et ce contingent semble tout désigné pour cette tâche.
-Nous sommes d'accord.
-Qu'ils viennent. Ce ne sont que des âmes éplorées, en attente d'une libération, puisse la Lumière me permettre de leur montrer la voie de l'éternel repos.

John et moi adressons un regard à Malkin, elle semble sourire faiblement et reporter son attention sur le Nord.

"La lumière... Billevesée. Seule l'Ombre prévaudra." Marmonne John, ajustant sa cagoule.

Je reste silencieux. Tout est dit, il n'y a plus qu'à attendre.
Nous restons de longues minutes à les regarder approcher par le Nord, toutefois, ils finissent par s'arrêter à une cinquantaine de mètre, tenant la position.

"Et maintenant ?" Je regarde tour à tour mes compagnons, attrapant mon épée à mon ceinturon, récupérant mon bouclier ocre, le passant à mon bras gauche.

Personne ne se prononce, j'arrive à lire la perplexité sur les traits de mon épouse.
"Bien, reste là Malkin, j'y vais. John ?"
J'ai tout juste le temps de le regarder qu'il a déjà disparu dans les ombres, il a bien compris ce que j'attendais de lui. Ajustant mes sangles, j'avance d'un bon pas vers le contingent, épée au clair, le bruit des plaques d'acier s'entrechoquant et berçant chacun de mes pas.

En face, les squelettes ont l'air de faire de même, l'un d'entres-eux semblant commencer à s'approcher pour venir à ma rencontre. Il semble imposant, un épais casque à corne ornant cette armure miteuse et parsemée de détail horrifique, son épée à deux mains semblant bien lourde, je lis la rage dans son regard rouge-sang... on dirait moi, ou plutôt ce que j'ai été à une époque.

Toutefois il n'a pas l'air de vouloir discuter, et moi non plus. Nos derniers mètres se finissent en course, nous convergeons tous deux à grandes foulées, et alors qu'il lève bien haut son épée pour tenter une taille verticale, je suis plus rapide et je l'emmène à la rencontre de mon bouclier, le heurtant de plein fouet dans un violent revers. Il tombe au sol sans mal, alors que j'enchaine sur un coup de pommeau, visant son heaume, voulant lui briser le crâne au plus vite. Je ne saurais dire si c'est trop facile, j'entends le heaume céder et les os se briser, le squelette reste au sol, inerte alors que je me redresse, jetant un œil aux autres restés en faction, aucun mouvement.

L'air s'alourdi, j'entends un crépitement et une intense lueur violacée brouille mon champ de vision, baissant les yeux j'ai tout juste le temps de reculer alors que ce que je croyais avoir vaincu me repousse d'un violent coup de pied. Le squelette revenu du trépas reprend bien vite son épée et m'assène un coup de taille violent que je bloque à grande peine, je ne comprends pas, il était mort, j'en suis certain. Déviant la lame fort contre fort alors qu'il revenait à l'assaut, je lui colle un coup de bouclier en plein crâne, envoyant la tête voler au sol, le squelette décapité tombant de nouveau dans un cliquetis d'os.

Le même évènement survient, crépitement et lueur intense, et en quelques secondes le revoilà sur pied dans un souffle nécrotique qui se répercute sur mes propres os, me provoquant un léger picotement. A ce rythme, ça n'en finira jamais, le pire, c'est que les autres squelettes commencent à affluer. Pas de temps à perdre, j'envoi une fois encore l'adversaire à terre, reculant pour me préparer à réceptionner les autres.

A partir de là, il n'y a plus à réfléchir, tourbillon d'acier, tempête de lames et déferlement de coups, je bloque tout ce que je peux, laissant la plaque d'armure faire le reste, j'occis et je brise, mais rien n'y fait, sans cesse les squelettes se relèvent. J'entends John se démener derrière le rang qui me fait face, semblant trancher comme il peut cet escadron de quatre archers qui menace de me cribler de flèches d'une seconde à l'autre. J'ai beau être mort, ma carcasse a ses limites, je poursuis cette lutte de longues minutes, mon armure arrivant à un point de rupture alors que je suis contraint de jeter mon bouclier au sol, prenant ma lame à deux mains.

Le tranchant s'émousse plus le temps s'écoule, je me défais de mes épaulières, roulant de coté pour esquiver coups de lances et de masses, en infériorité alors que les quelques squelettes que je suis parvenu à vaincre se relèvent déjà. Levant ma lame, elle m'échappe des mains alors que je vois mon bras droit pendre médiocrement, me protégeant du gauche je prends de plein fouet ce coup de masse qui m'envoie au sol lourdement. Ils se ruent tous sur moi pour me pourfendre, c'est donc ma fin ? Ma carcasse ne me fait pas souffrir, mais je me sens à bout de force.

Intense lueur, je suis ébloui par ce flash de lumière, alors que j'entends la voix de Malkin.

"Entendez la voix du Juste ! Oubliez les ténèbres glaciales ! Eprouvez le feu de la foi !"

Les premiers squelettes qui s'apprêtaient à me pourfendre s'écroulent dans une onde de lumière et dans de la poussière d'os, alors que Malkin arrive à mon niveau, le bras droit tendu, rayonnant d'une lueur intense et pulsative. Continuant sa prière, sa pénitence se manifeste en de violentes gerbes de lumières, partant de son bras tel des projectiles, faisant mouche sur chaque entité encore en état de se battre. Je reste là, au sol, à bout de force, ne ressentant étrangement aucune douleur alors que Malkin s'en donne à cœur joie à deux pas de ma carcasse impie. J'entends John pester et se replier alors que Malkin continue son sermon, le contingent réduit à néant par la simple puissance de sa foi.

"Soyez libérés de la tourmente, embrassez la chaleur de la Lumière..." Souffle t'elle sur un ton monocorde.

Elle conclue ainsi, le rayonnement lumineux qu'elle arborait s'atténuant, en face c'est sans appel, les ennemis sont tous mort pour de bon, libérés.

"Ma... Malkin." Je souffle cela difficilement.

Je suis pratiquement étendu au sol, me tenant maigrement à l'aide du bras gauche, la carcasse brisée, l'armure enfoncée et fêlée en nombres d'endroits. Mon épouse se tourne prestement vers moi, je lis l'inquiétude dans son regard alors qu'elle s'approche sans détour, venant me redresser faiblement pour m'étreindre. Je me vois englobé par son halo de lumière, j'appréhende la douleur qui... ne vient pas.

"Tout va bien mon aimé." Me murmure t'elle avant d'entamer une autre prière.

Aucune douleur... La lumière s'intensifie, je la perçois qui s'immisce dans mes chairs flétries jusqu'à mes os et, c'est là que je ne saurais expliquer. J'éprouve une chaleur agréable, alors que je sens chaque os meurtri reprendre docilement sa place, la chair entaillée retrouver un semblant de cohésion... Un souvenir survient, je me revois jeune et candide, écoutant dans un silence studieux les conseils de mon père qui, tout d'armure vêtu, m'apprend ce que je suis censé devenir.
Je m'en retourne brutalement au présent, Malkin continue de me serrer dans ses bras, les yeux fermés, priant à voix basse. Ma carcasse brisée n'est plu, je lève le bras droit, venant le passer dans le dos de mon épouse pour lui tapoter l'épaule.

"Ca... ira, Malk, merci... je crois."

-Tu es rouillé Fils, à dire vrai on pourrait presque dire dépassé.
-Je sais John.

Je suis dépassé.

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Canker

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MessageSujet: Re: NE VA PAS VERS LA LUMIERE !   Dim 26 Oct - 19:48

Troisième pas.

Je suis en colère.

Je n’éprouve pas grand-chose, mais ce sentiment je ne le connais que trop bien, cette rage profonde qui gronde dans mes os. En général, je trouve sans mal la cause et je canalise toute cette colère dessus, mais cette fois c’est différent. Au debut je l’ai jugée infantile, je n’ai simplement pas apprécié le trait d’humour de Thaleras. Me remémorer un souvenir heureux, il était particulièrement cruel ce soir là, m’inciter à me plonger dans un passé auquel je ne pourrais plus jamais prétendre, un passé révolu. La colère semblait légère, maîtrisable, aussi je l’ai gardée de coté.

Je fais les cent pas dans le cimetière, mes bottes cliquetant dans la neige épaisse, le vent glacial s’immisçant dans le moindre interstice de mon armure pour me transir les os. Le Norfendre… Quelle idée stupide d’avoir voulu y retourner, surtout après autant de temps. Nous voilà tel une troupe de saltimbanques demandant gîte dans cette fichue Avant-garde de la croisade. Ces croisés ont vu d’un sale œil que je traine ainsi près de leurs défunts, mais ils ont fini par comprendre que je ne convoitais pas les carcasses. Je m’arrête de nouveau face à la tombe, la regardant, croisant les bras.

Cela va faire combien de temps, trois semaines ? Un mois ? Probablement un certain temps, que nous entreprenons ce périple dans ces terres. Une perte de temps, j’ai d’autres occupations bien plus importantes, et je suis contraint de jouer les chaperons. D’autant que nous progressons à une vitesse affligeante, cette colère me rend impatient. Elle se nourrit d’une sorte … d’inquiétude je crois. Je suis inquiet pour Malkin. Est-ce que les balises vont suffire ? Je devrais défendre mes terres, plutôt que m’amuser à me promener ainsi !

Je donne un coup de pied rageur dans la neige, envoyant une gerbe froide contre la vulgaire croix en bois servant de sépulture. Reprenant mes cent pas, je trépigne, je grogne et je regarde en tout sens. J’ai HORREUR de ce calme ! Quelle heure est-il ? Je lève un instant le nez pour observer l’immensité nuageuse voilant le ciel, plongeant ce monde dans une pénombre mineure.

“Bah.”

Quelle importance de toute façon. Je n’irai pas rôder dans cette Avant-garde, je refuse de fréquenter ces lumineux. Ca se dit Croisé, ça se dit Fervent défenseur de la vie, alors que ça n’était même pas là quand J’EN avais besoin ! Quand Lordaeron en avait besoin ! Une belle bande d’hypocrites.
Je commence à étendre cette colère à beaucoup de chose, il faudrait que je trouve une cause majeure…

Je m’arrête à nouveau face à la tombe, la fixant. Je n’arrive pas à m’en détacher, sans cesse je reviens face à cette fichue croix en bois plantée dans le sol. Elle ne paie pas de mine, c’est une sépulture grossière et indigne. Lire la maigre épitaphe ne fait qu’accentuer ma rage.

“Richard le Vieux, Croisé d’Argent.”

Deux mots. Deux malheureux mots pour résumer la vie d’un homme. C’est pitoyable. J’en fulminerai, je serre les poings, faisant craqueler la glace qui se déposait sur la plate de mes gantelets. Je reprends mes cent pas, malmenant la neige.
Alors Richard est mort. Le dernier individu que j’ai vu de mon vivant, est mort. Et quelle ironie, il est mort de l’autre coté du monde, bien loin de chez lui.
“Bon sang Richard ! T’avais rien de mieux à foutre que crever ici ?!”

Je me tais, regardant aux alentours, personne. Je me plante à nouveau face à la tombe, bras croisés. De toute les sources de ma colère, je crois que c’est celle-ci la plus intense. Je ne comprends pas pourquoi j’accorde autant d’importance à cet état de fait, s’en est même ironique, qu’un non-mort rage sur la perte d’une vie. Mais je n’arrive pas à m’y faire, voir cette tombe m’enrage. Cela efface sans mal les maigres brimades de Thaleras, tout comme ce séjour en Norfendre.

Je redonne un coup de pied dans la neige, entendant l’une de mes vertèbres craquer légèrement. Je dois savoir comment. Je me détourne du cimetière, m’approchant du Fort à bon pas, tâchant d’atténuer la rage qui m’incite à céder à la violence et commettre l’irréparable. J’aperçois enfin ce que j’évite depuis notre arrivée ici, un Croisé. Un nain de surcroit, bedonnant et à l’air ahuri… comment ne pas le détester ?

Je l’interpelle en faisant montre d’un peu de politesse, lui expliquant ma requête. Je serre et desserre lentement les poings en le fixant de mon air impassible, canalisant ma rage, me retenant de lui en coller une alors que l’entendre ne fait que confirmer mon premier avis, c’est un imbécile heureux.

“Richard l’Vieux ? J’connais pas. Mais j’suis pas là d’puis longtemps ici. T’devrais voir ‘vec Gudrick, c’sans doute l’plus ancien d’coin, paraît même qui r’fuse d’partir maint’nant. C’le vieux qu’fait l’guet là-haut !”

D’un signe gauche et grotesque, il me montre le rempart, là ou semble se tenir quelqu’un. Je me détourne en le saluant vaguement, me dirigeant vers le rempart. Gudrick… Gudrick ? Non… ça ne doit pas être celui que je pense. Je finis par apercevoir pleinement la vigie susnommée, un homme qui n’est que le reflet d’une force d’antan, grisonnant, et engoncé dans une armure qui semble devenir bien trop lourde pour lui. Enfer et Damnation, c’est lui.

Je m’arrête, le détaillant toujours, il fini par se tourner vers moi, ayant sans mal du m’entendre cliqueter jusqu’à lui dans la neige, me regardant du haut de son mur. Il s’exprime d’une voix familière, bien que marquée par le temps.

“Oui ?” Souffle t’il assez sèchement, me fixant avec une pointe d’animosité.

-Il m’a dit que vous pourriez me renseigner.

Je désigne d’un geste las le nain qui, loin derrière moi se fend d’un signe grossier et gauche de la main droite.
Fixant Gudrick, ajustant le heaume de cette armure nécrotique que j’arbore, je sens sans mal son regard empli d’une part de haine, je ne puis lui en vouloir, je suis l’incarnation même de ce qu’il combat.

“Tout depend ce que vous voulez savoir.” Poursuit-il, sur la défensive.

-Comment est mort Richard ?
-Qui le demande ?
-Sans importance, vraiment.

Je le vois soupirer, l’air peu enclin à me répondre.

“Je veux juste savoir, je vous laisse tranquille ensuite.”

-Bien.

Il descend du rempart, venant à mon niveau, restant à distance raisonnable. Il a bien changé ou bien est-ce moi, dans mon souvenir j’étais plus grand que lui, là je dois dire que je fais pâle figure, devant lever légèrement la tête.

“Comment il est mort donc, c’est ça que vous voulez savoir ?”

-Oui.
-Cela remonte à quelques années, durant notre grande Croisade contre le Roi-Liche. Lors d’un assaut nérubien sur le Fort, il s’est battu comme un diable, sans lui je serais mort entoilé, ou pire encore.
-Hm.

Je vois son regard descendre sur mon ceinturon, avisant mon écusson… mince, mon écusson. Je lis alors la perplexité dans son regard.

“Vous êtes de Villers ?” Me souffle-t’il, l’animosité ayant été remplacée par la curiosité.

-Je… Je vous laisse tranquille.

Je fais volteface et je m’en vais à pas lourd, le laissant sur sa question. Il n’a pas l’air de me suivre, tant mieux, la situation devenait particulière, trop particulière.
La colère m’habite encore, mais au moins je sais que Richard n’est pas mort en vain, et qu’il se battait pour une cause juste. Et puis Gudrick est encore vivant… ça me fait une personne sur deux.

Une personne sur deux… je suis ridicule. Je suis mort, je n’ai plus à me soucier de détails aussi triviaux, je ne sais pas ce qui me traverse l’esprit ces derniers temps. Vivement qu’on s’éloigne de ce Fort de cul-bénis.

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Dans un coeur troublé par le souvenir, il n'y a pas de place pour l'espérance.

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MessageSujet: Re: NE VA PAS VERS LA LUMIERE !   Dim 1 Fév - 18:51

Quatrième pas.

Les bruits des tambours ne faisaient que se répercuter sur mes os au début, mais cela a vite changé.

Je fais l'inventaire de mon armure enfoncée par endroit à cause de ce fichu beserker lorsque ça me prend soudainement. Je ne saurais l'expliquer, la sensation manque de me faire tomber de la monture de Néssâ.
Une vibration qui me prend dans la cage thoracique, et qui se propage... un battement puissant et unique... un battement de coeur ? La sensation reprend, je sens un profond mal de tête me gagner, un mal qui se propage dans tout mon être... C'est comme si je ressentais soudainement tout. Le moindre muscle flétri, la moindre articulation douloureuse, ce goût de cendre et de putréfaction. Ma vision se veut grise, trouble, je frôle le malaise alors que je tâche d'essuyer vaguement mon heaume trempé de sang avec le chiffon que me tend Néssâ, gardant le silence.

Les bruits de tambours s'intensifient, accélèrent, il en va de même pour mon coeur. Cela me vrille les sens, j'ai cette étrange sensation d'avoir envie de rendre, tout comme l'impression de perdre mon souffle... perdre mon souffle ? Comment pourrais-je l'avoir retrouvé ? Je vacille légèrement, me tenant d'autant plus, manquant de lâcher mon arme.

"J'ai mal au coeur..."

C'est sans doute la seule chose que j'arrive à prononcer, alors que les autres me regardent, pensant sans doute que je blague comme à l'accoutumée, j'aimerai tellement que ça soit le cas. Ca discute, ça planifie, ça n'avance pas, on stagne, et je sens que je vais m'écrouler d'une seconde à l'autre, je me sens terriblement mal, j'ai, terriblement mal. Je ressens le froid alentour, la brise glaciale alors que le battement de coeur saccadé et précipité s'intensifie toujours plus, ma poitrine va exploser.

On s'élance enfin, je focalise toute mon attention sur mon maintient, luttant pour ne pas tomber sous la cavalcade folle de ce foutu worg, je déteste ces bestiaux…

Je ne peux m'empêcher d'y penser. Si il bat si fort, c'est que j'en ai un ? J'ai un coeur ? Je fixe mes mains gantées, tendant et pliant mes doigts... je ressens tout. Je ressens même cette légère douleur lancinante au bras droit, alors qu'il menace constamment de tomber... Je suis en vie ? C'est impossible.

Je regarde difficilement autour de moi, les autres se battent contre un démon, je crois, tout est gris. Je prends une grande inspiration, je sens l'air gelé se glisser jusqu'à mes poumons flétris, me provoquant une douleur indescriptible. Ma respiration se veut vite saccadée, je manque d'air, mon cœur s'emballe alors que cette cacophonie semble endiablée... Je suis vivant !

Le dernier gong résonne, dans mon esprit, dans mes os. Mon cœur s'arrête, ma vue se trouble, je tombe du worg et m'écroule au sol sans pouvoir bouger, et tout devient noir, c'est la fin.

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Je me réveille en sursaut, j'ai des sueurs froides, je regarde autour de moi à la hâte, m'agrippant à mes draps... mes draps ? Me redressant, je regarde plus attentivement... Je suis dans une chambre plutôt bien rangée, quelques étagères bien garnies, une décoration fantaisiste ou deux... une impression de déjà vu... C'est ma chambre.
J'écarte les draps sentant le contact du tissu sur mes doigts... mes doigts ? Je me lève et je prends une bonne inspiration avant de m'observer plus concrètement.

Pas d'os apparent... pas de peau flétrie... des doigts tout ce qu'il y a de plus normal, pas de griffes... Je me palpe très sommairement, ressentant chaque pression sur ma peau... est-ce possible ? Je me précipite jusqu'à ma commode, tirant prestement un tiroir et extrayant mon vieux miroir, ayant un instant de doute avant de le braquer face à moi.

"... Lumière..."

Mes yeux marron, mon visage, ma mèche de cheveux rebelle... tout est là. Je manque de lâcher le miroir, je le pose d'une main tremblotante, vacillant en regardant en tout sens.

"Ce n'était qu'un rêve ?"

Je vais à la fenêtre, écartant les rideaux, regardant à l'extérieur. Un grand soleil illumine le village, j'aperçois déjà les quelques travailleurs matinaux, les enfants qui cavalent et rigolent, ils ne sont pas nombreux, mais ils sont là. Je retourne m'asseoir sur mon lit, passant mes mains sur mon visage, respirant un bon coup, me prenant même à sourire.

"Ce n'était qu'un fichu rêve."

Je ris de bon coeur, mais la mélancolie me gagne aussitôt alors que je pense à Malkin. Ca... ce n'était pas un rêve. J'irai déposer une fleur sur sa tombe tout à l'heure... quel jour somme nous ? Je regarde autour de moi, cherchant mon journal. La lumière soit louée ce n'était qu'un rêve... Je n'arrive pas y croire, j'ai décidément une imagination débordante, un fléau, des morts qui se lèvent et marchent, la servitude, la liberté, ces elfes de sang je ne sais quoi.

"Je l'ai sans doute laissé sur la table en bas."

Je me relève, je me dirige vers la porte et je m'interromps pour me plier de douleur.

"Ugh..."

Ma vision se trouble, un mal de tête intense et une vive douleur au ventre. Ce n'est qu'en portant mes mains à mes tempes que je peux sentir la chute de mes cheveux par grandes poignées, mes mèches noires se perdant sur les lattes du plancher alors que j'endure une douleur intense bien trop familière.

"Mais... que... qu'est-ce... qui se passe..."

J'assiste impuissant à la chute de mes cheveux, mais visiblement ça ne semble pas être mon seul tourment. Ma peau vire au blanc pâle, cela commence par plaques inquiétantes laissant vue sur mes veines qui virent au noir encre. Un spasme violent, je plaque mes mains sur ma bouche et je me recroqueville sur le sol alors que je résiste à l'envie de rendre, hélas c'est trop tard. Une bile noire, qui me brûle la gorge entière, j'en suffoque, toussant plusieurs fois alors que j'essaye de contenir le reste.

Je suis pris d'un grand froid, je frissonne alors que ma peau est à présent pâle et clairement flétrie par endroit, m'arrachant des douleurs intenses au moindre contact du tissu de mes chausses. Ma vision vire au rouge sang, la douleur me fait perdre l'esprit, alors qu'on tambourine à la porte de ma chambre, la dite porte menaçant de sortir de ses gonds sous l'intensité des coups. J'agonise au sol, hurlant ma douleur à n'en plus pouvoir, faites que cela cesse...

La porte vole en éclat, les ténèbres gagnent la pièce, tout s'assombri autour de moi, la douleur s'intensifie toujours plus, et au moment ou je souhaite mourir sans plus attendre...


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Je m'agite d'un violent spasme et je cache ma tête entre mes mains en me couchant de coté. Je regarde en tout sens, nous sommes aux Grisonnes. Mes doigts squelettiques sont là, ma chair flétrie aussi, tout est là, tout est vrai. Cela n'a jamais été un rêve, je suis bel et bien ce que je suis, une Abomination.

________________________________________

" Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.

Dans un coeur troublé par le souvenir, il n'y a pas de place pour l'espérance.

La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité.

Tu trouveras, dans la joie ou dans la peine, ma triste main pour soutenir la tienne, mon triste coeur pour ecouter le tien"
Alfred de Musset

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Canker

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MessageSujet: Re: NE VA PAS VERS LA LUMIERE !   Lun 6 Avr - 20:04

Cinquième pas.

Rien ne va.

La Campagne du Norfendre a démontré toute son inutilité. Chercher après tant de temps, les vivants sont décidément stupides, nous sommes évidemment revenus bredouille. J'étais satisfait de pouvoir regagner mes terres, presque rassuré à l'idée de retrouver ma compagne et mon oncle. On ne m'y prendra plus.

Je ne puis blâmer Malkin, elle a fait ce qu'elle jugeait bon, et je suppose que cela devait tôt ou tard arriver vu notre proximité avec Âtreval. Mais tout va trop vite. Je repense encore au moment ou j'ai été arrêté à la lisière du village par ces trois recrues à peine dégrossies, on dit que la première impression est unique, déterminante et irrévocable. Autant dire que les trois là ne me verront jamais autrement que comme une créature fléautique menaçant de sortir de ses gonds à tout instant. Je ne peux leur en vouloir, il y a de quoi avoir peur en voyant débarquer une abomination telle que moi à la lisière d'un Comté en ruine, en plein territoire infesté de carcasses qui marchent encore.

Et ce Comte, tout pimpant de certitude. Non... j'exagère un peu... Sa présence est légitime, ses motivations sont justes, son projet... plus qu'honorable, sans doute. Mais que vais-je devenir dans ce tableau ? Je ne puis décemment prétendre à participer à cela, je suis l'incarnation même de ce qu'ils combattent. Un mort ne peut pas cohabiter avec les vivants, je ne sais pas comment Malkin fait.

Je crois que ça fait au moins une semaine que j'évite Naestrae et Garahn. Oui, ils sont venus. Je n'imaginais pas qu'ils viendraient. Je ne mérite pas vraiment leur aide, je suis quelqu'un d'exécrable. Je crois que ça fait depuis tout ce temps que je suis assis là. Ce petit tas de terre encerclé de pins desséchés, à une bonne vingtaine de pas de la chapelle. Fichue Chapelle...

Je prends ma tête dans mes mains, soupirant lourdement. Je suis emprisonné dans une spirale de contrariétés et de non-sens. Je suis fatigué. Si fatigué...

"C'est là que tu te caches ?"

Je tourne la tête, apercevant Malkin. Elle est appuyée à l'un des pins, m'observant la tête penchée vers la droite, un simple sourire ornant son visage morbide et partiellement décomposé. Me voyant garder le silence, elle poursuit.

"Tes amis sont là, Canker, nos, amis. Ils sont venus nous aider."

"Je sais."

"Alors que fais-tu depuis tout ce temps ?"

"Rien."

"Pourquoi ne fais-tu rien ?"

"Ne me parle pas comme si j'étais un enfant, Malk'."

"Pardonne moi, mais cela ne répond en rien à mon interrogation."

Je soupire d'agacement, croisant les bras.

"Si notre fils était vivant je suis s-"

"OH NON NE COMMENCE PAS CE SUJET !"

Je ne m'en suis pas aperçu, mais je me suis levé d'un bond et je l'ai pointé de l'index tout en haussant le ton. Elle a eu un mouvement de recul, je me rassois aussi sec, fixant le sol, prenant ma tête dans mes mains.

Le silence pesant s'installe. Toutefois Malkin ne se démonte pas.

"Je ne voulais pas t'énerver."

"Je sais."

"Je peux te poser une question ?"

Je tourne légèrement la tête, la fixant, je peux sans mal reconnaître l'inquiétude, dans la lueur de son regard, elle est bien plus expressive que le non-mort moyen. Est-ce la lumière qui lui permet cela ?
Je finis par hocher simplement, m'en retournant à ma contemplation du sol.

"Qu'est-il advenu de mon époux ?"

Je marque un temps d'arrêt avant de reposer le regard sur elle, perplexe, bien qu'impassible de par mon visage.

"Quoi ?"

"Tu m'as bien entendu. Où est mon époux ?"

"Tu as perdu la vue de nouveau ?"

Si j'avais encore un sourcil, je l'aurai bien haussé, car là... elle m'a totalement perdu.

"Non non. Je te vois distinctement, Canker. Mais ce que je ne vois plu, c'est ce qui définissait mon époux avec brio. J'en suis pour une part responsable il est vrai... du moins l'ai-je été."

Je sens la colère monter légèrement, je suis vexé ?

"Où veux-tu en venir, Malk."

"Je ne veux pas te blesser."

Elle triture l'une de ses manches, l'air mal à l'aise soudainement.

"Il fallait y penser avant. Va au bout de ta pensée."

Je sens qu'elle a beaucoup de mal à y venir, je vois son visage se fendre d'une grimace ou deux, elle est décidément redevenue bien calme et respectueuse, depuis tout ce temps.

"Je vois un pleutre qui se morfond."

Elle détourne un instant les yeux, les reposant ensuite vers moi, ne masquant pas la gène qu'elle éprouve, l'effort était considérable. Sa phrase est criante de vérité, et l'impact n'en est que plus douloureux.

"Félicitations, tu m'as blessé."

Je me fends d'un vulgaire rictus, et je reprends ma contemplation du sol. Elle marque un temps avant de venir s'asseoir à coté de moi, ménageant sa robe blanche.

"Pourquoi effraies-tu les ouvriers ?"

Je ne réponds rien, continuant de contempler le sol, elle fini par prendre ma main droite entre les siennes, cherchant mon regard, s'immisçant dans mon champ de vision en m'offrant un de ses sourires. Je détourne bien vite les yeux vers un autre point du sol flétri, me terrant dans mon silence maladif. Mais elle ne démord toujours pas.

"Tu sais... Si tu ne veux pas parler à ton épouse, tu puis parler à la Confesseur d'Argent."

"Et qu'est-ce que cela change ?"

Je l'entends s'esclaffer, à croire que mes réponses l'amusent.

"Un Confesseur ne te juge pas, et ne dévoile tes secrets à personne. Ce n'est pas seulement à un Confesseur, que tu parles, mais à la Lumière qui passe à travers lui."

"Tu récites bien ta leçon."

"Ne soit pas si désobligeant avec moi."

Elle retire l'une de ses mains, semblant fouiller sa manche droite, extirpant son chapelet, me fixant alors qu'elle commence à l'approcher de ma main. Un frisson d'appréhension me gagne, mais alors qu'elle me force à le tenir en entourant ma main des siennes, je ne ressens pas la douleur attendue.
Elle doit comprendre ma surprise, vu qu'elle me lance d'un air taquine.

"Je vous écoute, Canker Briddlebraw."

Me confesser... je n'ai pas fait cela depuis la Deuxième Guerre. Je laisse planer un long silence, cherchant quoi dire, je crois, fixant à la fois ce chapelet qui siège dans le creux de ma main, et mon épouse qui me fixe avec un sérieux que je ne lui connaissais pas. Je ne puis la décevoir, je suppose...


"Je..." Sort tout juste de ma bouche flétrie, alors que je suis en proie à l'hésitation.

"Oui ?"

"Je ne sais pas quoi dire."

Je souffle cela avec une lassitude sans pareille, pourtant Malkin ne perd pas son sérieux, gardant ma main dans les siennes.

"Répondez à la question que vous a posé votre épouse, pour commencer ?"

"Je n'effraie pas ces ouvriers dans un but précis. Je ne saurais expliquer pourquoi je le fais, j'ai l'impression que tout va trop vite, et tout ces changements me font penser que je n'ai plus ma place dans le Comté."

Malkin opine doucement, ne rétorquant rien, m'incitant à serrer le chapelet alors que j'appréhende toujours cette douleur qui ne vient pas.

"Je ne voulais pas aller contre la volonté de ce jeune Comte. Je comprends son envie de reconstruire le village. Le problème est que je ne vois pas comment un non-mort tel que moi pourrait y résider. Je suis une abomination."

"Ce n'est pas l'apparence d'une personne qui définie ce qu'elle est. C'est l'image d'elle qui se reflète au travers de ses actions."

"C'est tout le problème. Mes actions... Elles ont peut être été plus douces et vertueuses ces trois dernières années, mais le reste n'est que violence et malveillance."

"Vous cherchez le pardon Canker ?"

Cette question a le mérite de m'imposer un long silence. Je réponds toutefois après quelques instants.

"Il me faudrait plus d'un pardon pour racheter toute mes fautes et mes actes immoraux."

"On ne puis accorder le pardon à quelqu'un qui ne le demande pas Canker, méditez là dessus."

"Je ne sais pas si je cherche le pardon. Ce que je sais... c'est que je suis fatigué de tout ça."

"De tout ça ?"

Les mots me viennent immédiatement à partir de cet instant, à croire que je ne réfléchis même plus.

"Oui. De ma condition de non-mort, de la situation actuelle, de la violence, du devoir. J'en ai assez de tout ça. Quelque chose me manque terriblement."

Je vois simplement Malkin m'offrir un sourire assez triste, ne m'interrompant pas un seul instant, me faisant garder ce chapelet en main. J'ai beau l'avoir nié jusqu'à maintenant, cette vérité me frappe de plein fouet, et tout me semble limpide. Malkin prend toutefois la peine de me souffler doucement pour m'inciter à aller jusqu'au bout.

"Qu'est-ce qui vous manque ?"

Je reste silencieux, mon regard perdu dans le sol face à l'accablante vérité. Il y a de l'agitation autour, enfin, je crois, Malkin se levant en hâte, me laissant avec ce chapelet en main, celui-ci ne tardant pas à m'infliger une douleur immédiate après son départ, me forçant à le laisser tomber au sol. Je n'ai même plus envie de me lever, je fixe le chapelet étendu dans la poussière, les mots me manquant alors que je butte sur cette pensée qui commence à obscurcir ma vision. La sensation de vide est troublante, faisant écho à quelque chose de lointain et d'inaccessible.

Ma vie me manque terriblement.

________________________________________

" Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.

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