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 Ce vingt-trois du mois.

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Salve-Serre

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Date d'inscription : 13/06/2014
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MessageSujet: Ce vingt-trois du mois.   Lun 29 Sep - 16:37

« Bon, en tout cas moi je vais dodo. Bonne nuit ! »
Les derniers mots d'Anyel parvinrent à peine aux oreilles de Désiré. Dans la chaleur de la tente, lourde et douce comme la plus épaisse des fourrures, le craquement des braises dans les braseros prenait une ampleur démesurée. L'elfe, ce géant, était penché au-dessus de son sac et en extirpait de leur rangement sa planchette et la sacoche roulée qui retenait ses mines.
Une brève hésitation. Il reprit alors le dessin qu'il avait déjà entamé plus tôt, à quelques nuits d'intervalle. S'installant de nouveau près des autres il étala le parchemin sur la planche et un doute terrifiant lui serra la gorge.

Un bref coup d’œil lui apprit que ses compagnons du moment n'en avaient rien vu. Il se demanda ce qui lui arrivait, ce vide l'anéantissait brusquement à chaque regard amené sur le portrait qu'il voulait continuer. Ce visage lui était familier, mais les traits lui semblèrent distordus, faux, comme un dessin d'enfant qui extrapole l'espace et ses dimensions. Elle ne ressemblait plus à son souvenir, et pourtant c'était le souvenir qu'il en avait. Il rectifia de la pointe rognée de la mine une ombre, près du nez pointu de l'enfant représentée, espérant changer la vision d'horreur qui s'annonçait. Mais le visage n'en changeait pas plus, et Désiré paniqua, crispant les doigts sur la mine qui frotta frénétiquement quelques surfaces de plus.
La mémoire m'échappe, pensa t-il. Il pensa perdre de nouveau l'esprit, et perdre le souvenir de cette jeune femme qui pourtant hantait ses nuits. Elle le torturait à chaque heure de sommeil qu'il osait s'approprier, et pourtant ne plus voir ses traits, ne plus les reconnaître l'angoissait plus qu'il n'aurait voulu l'admettre. Un siècle de vie avait gravé ses traits dans ses rétines et un an seulement avait suffi pour les brouiller. Sa mémoire refusait de suivre le pas et sa main refusait de retranscrire l'image tant adorée. Il lui semblait que chaque instant était un peu d'eau dans ses poumons, il coulait.
La peur lui contractait les tempes, lui offrant une migraine encore naissante derrière les yeux, et l'elfe respira profondément pour chasser les mouches qui venaient mollement bourdonner derrière ses oreilles. Petit à petit, le dessin redevenait sous sa mine ce qu'il était, un visage souriant, quelques mèches de cheveux pâles devant des yeux bien trop grands, représentation parfaite de ce qu'elle était autrefois.

Il se calma et tourna le regard vers les deux endormis à sa gauche, espérant qu'endormis ils le soient vraiment, et qu'ils n'aient pas remarqué son trouble. Il voyait le profil de Thaleras, et une unique oreille de Lisonelle, enroulée sous la cape du premier, paquet sombre à la forme très vague d'un humanoïde recroquevillé. Un bref éclat de colère fusa entre ses deux oreilles, en songeant par une jalousie mesquine à ce que lui n'avait pas. De l'amour ? Non c'était stupide, c'était quelque chose qu'il n'avait jamais envié de personne. Plutôt un méprisable dégoût de sa propre répugnance à recevoir ce qu'il ne pouvait offrir. De la chaleur et de la quiétude certainement, mais au final, il s'en passait plutôt bien. Il s'en passait bien.
C'est à cette pensée qu'il se maîtrisa, aisément, puis que son regard fut attiré par le visage de Thaleras, ce profil si apaisé par le sommeil qu'il en paraissait jeune. Inconsciemment, Désiré accola à ce profil celui de Délurian, peu de temps avant la fin. Seulement avec un haussement des sourcils un peu surpris, ce fut une nouvelle pensée qu'il chassa. Il ne lui ressemblait pas. Tout ça ne lui ressemblait pas. L'elfe fut agacé, rapidement, d'avoir même eu cette idée. Aucun Capitaine ne pouvait atteindre cette ancienne perfection, surtout pas celui là. Il le regarda encore, recherchant le calme.
Et cette vision si calme lui apporta une fascination auxquelles il n'avait pas été confronté depuis longtemps. Peut-être était-ce ce sentiment dont Thaleras lui avait longuement parlé, et qu'il avait lui-même connu autrefois. Avant, bien avant.
Ou alors peut-être était-ce la chaleur de la tente qu'il l’amollissait jusqu'à lui donner des pensées dégoulinantes de mièvreries et peut-être que bientôt il irait cueillir des rhododendrons pour les offrir à Iveera, pétri de bons sentiments.
Désiré retint un rire jaune, lâchant un bref soupir. Et vit une oreille tiquer. Ils ne dormaient pas, c'était bon à savoir. Mais il ne put détacher son regard de ce couple si étrange, qui était si proche, et ne le voyait pas.

Et puis la peur lui serra le souffle de nouveau, à la pensée que bientôt il oublierai cette scène, ce passage de son existence qui était si peu important. Ce Capitaine qui ne l'était plus, au faciès si libre, aussi libre que s'il était revenu dans ses forêts, redevenu forestier, jeune con à l’insouciance relative.
La mémoire qui s'étiolait, comme il avait oublié sa sœur, comme il avait oublié les gens qu'il avait tué, et les gens qu'il tuerait, le terrifia de nouveau et l'idée lui vint en tête de les dessiner, ces deux là, qui l'inspiraient tant. Dessiner à partir de la réalité, et plus de la mémoire qui se remplissait à chaque instant d'un peu plus d'eau.
Avec amertume, d'ailleurs, mais il trouva l'idée bonne, et se leva pour aller saisir une autre feuille de parchemin. Le geste était lent, et il se voulait silencieux même s'il douta être réellement discret pour des oreilles aussi entraînées.

Les heures promettaient d'être longues, mais finir ce dessin était ce qui comptait pour le moment, avant qu'ils ne bougent, qu'ils n'aillent profiter de quelques heures d'insomnies pour s'occuper. Désiré gratta son parchemin avec hargne, se laissant peu à peu envahir par un nouveau sentiment de colère à l'idée de ne pouvoir pas plus être le dixième de ce qu'ils étaient, qu'avoir le dixième de ce qu'ils avaient, et il savait qu'il avait tort.
Dérisoire et enfantine, une jalousie faussée par les sentiments contraires qui se bousculaient au creux de son ventre, voulant à chaque instant grignoter le précieux contrôle construit en trois siècles à lutter contre l'impensable.
Alors il levait les yeux, et les observait, se raccrochant à cette mémoire qui était l'essence de son être et de son conscient. Il pensa de nouveau à Délurian, il pensa à Sereine, car ils étaient ce qui restaient de sa mémoire. Sereine était là, et le suivait, et c'est bien de cela qu'il s'agissait, et qu'il n'obtiendrait plus.

Sérénité.


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