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 Le sang

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Salve-Serre

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Date d'inscription : 13/06/2014
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MessageSujet: Le sang   Ven 22 Aoû - 15:40

Ça m'arrive de plus en plus régulièrement.
Tout commence normalement, une routine que je sais installée comme toutes les autres que j'ai eu dans ma vie, et celle-là est loin d'être la pire.
J'ouvre les yeux, me réveillant dans la clarté rougeâtre de la pièce. Les rideaux presque opaques ne peuvent occulter tout les rayons lumineux, et il est sans doute tôt, je n'ai jamais vraiment dormi assez pour dépasser les premières heures du jour. En des conditions normales.
Je vérifie que ma dague est bien sous mon oreiller, évidemment.
Je fais mes étirements, et je prend soin à les faire du mieux que je puisse. Je pense être assez sérieux pour réussir à réveiller complètement tout mes muscles.
Ensuite je baille, deux fois, pour dégourdir mon visage, sentir l'air dans mes poumons, sans doute un petit rituel rassurant qui me rappelle que je suis en vie.
Puis je me décale sur le coté, repoussant mes draps, qui glissent sur le coté avec un frottement ravissant. Je suis en sous-vêtement, ma peau frissonne un peu, mais ce n'est pas ce qui importe lorsque je m'assied sur le bord du lit.
Je me lève...non, attendez, je ne me lève pas. Je force sur mes bras pour exercer la force nécessaire à soulever ce lourd corps plein d'os et de chair, et j'y arrive, mes genoux se déplient un instant.
Puis ils chutent.
Je tombe à genoux devant le lit, ma main gauche se raccroche par réflexe à la table de chevet pour m'empêcher de me réceptionner complètement à quatre pattes, elle tremble un peu sous l'impact.
Ma respiration est difficile, comme si j'avais une capacité pulmonaire réduite, de l'eau dans la poitrine qui la compressait et rendait mon souffle rauque.
Sur le moment je ne comprend pas, et je me redresse complètement, puis réessaie de me lever, cette fois simplement en dépliant les genoux. Nouvel échec frustrant.
Les genoux sont bloqués, sans aucune douleur, simplement comme si leur fonction n'avait jamais été de se déplier pour marcher. J'ai toujours du mal à respirer, j'ai l'impression d'être malade. M'appuyant sur la table de chevet, je m'avance un peu sur les genoux, me les écorchant contre le parquet. Mais je dois me déplacer, je le sais, avancer, même sans mes jambes.
Je tombe en avant, mes mains se posent au sol. Aah ! Ma main droite se brise, j’entends le claquement que fait le poignet et le crissement des os qui se déplacent les uns contre les autres, broyés.
Je me redresse et pose ma main gauche à plat sur le mur pour me soutenir, laissant la droite pendre mollement à mon flanc. La douleur me vrille le crâne, comme des milliers de mouches nécrophages, que j'entends d'ailleurs ramper à mes oreilles qui s'agitent frénétiquement.
J'avance un peu, sur les genoux, les poumons sifflants. Je sens mes doigts brisés qui s'enroulent sur eux-même vers l'extérieur, sous l'effet d'une force que je ne connais pas mais bientôt ce n'est pas ce qui attire mon attention, j'oublie la douleur car je suis en train de patauger dans du sang.
Du sang noir et épais, qui agresse de son odeur métallique mes narines. Je cherche le corps, il s'agit du mien, une lame me transperce la poitrine jusqu'à la garde, ressort dans mon dos. Le sang dégouline sur mon torse, ma cuisse, et je sens mon cœur qui frappe dans ma poitrine et dans mes tempes à rythme rapide, et puissant, comme s'il survivait uniquement pour la souffrance. Je sens le sang qui envahit mon poumon et étrangement je n'étouffe pas, mon souffle se fait juste plus laborieux encore.
Ma main droite a disparu, ne reste qu'un moignon carbonisé par des flammes que je n'ai pas perçu, ça ne fait plus mal, et je suis même empli d'un sentiment de plénitude étrange. Je me souviens que c'est cette sensation qui vient lorsqu'on arrive à la mort.
A ce moment, je suis prêt à m'écrouler dans le sang qui lentement monte jusqu'à mi-cuisse, et à mourir comme l'ordonnait tout mon corps. Mais soudain ma vision, mon point de vue, mon âme peut-être devient le sang. Tout mon être entre dans le sang, noir et pâteux, chaud et poisseux. Toute douleur, toute sensation disparaît. Je vois tout, soudainement. Je cherche à percevoir mon corps dans tout ce noir, mais ce n'est pas le mien que je vois.
C'est celui d'une blonde qui me rappelle quelqu'un que j'ai tué, peut-être. Elle tient à deux mains l'épée qui lui transperce le cœur, et hoquette de terreur en sentant sa vie quitter son corps, et d'un seul coup, redresse la tête, le regard bleu et perçant qui me fixe. Qui fixe qui ? Je suis le sang.
Je ne vois pas la direction de son regard, mais je sens son regard qui me traverse comme la plus terrible des lames, qui me juge et je...






*soupir*
"...Ce n'est que le jour..."
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Salve-Serre

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MessageSujet: Re: Le sang   Dim 24 Aoû - 20:14

Je me suis réveillé dans le noir, cette nuit-là, dans une position inconfortable et les joues brûlantes, comme après un vulgaire rêve érotique dont je ne me rappelle rien.
Je me suis réveillé avec une horrible sensation de malaise, comme si on m'observait dans le noir, face au lit. Une intuition certainement, qui imaginait une haute silhouette sombre, à la respiration profonde.
J'entrouvre les yeux et ma main droite se lève, se glisse sous l'oreiller pour sortir le poignard de son fourreau, et le brandir face à moi. Mon dos se redresse, le bras gauche tendu par l'effort puissant, et je me retrouve face à une femme dont je ne discerne pas le visage, le temps que mes yeux s'habituent à l'obscurité.
Elle reste dans l'ombre, immobile et silencieuse, et je la connais toutefois. Mon cœur s'emplit de joie et je me jette contre elle pour la serrer contre moi, comme j'aurais fait d'une sœur ou d'une mère, d'autres que les miennes. J'ai simplement une terrible envie de chaleur et de tendresse, j'ai l'impression d'être celui qui retrouve un lieu précieux à son enfance lointaine.
Le corps de la femme est mou entre mes bras, et je suis soudainement obligé de la porter alors que ses jambes la trahissent et que sa tête penche en arrière, comme une poupée de chiffon. Mes bras dans son dos, et mon torse contre le sien sont chauds, très chauds, brûlants maintenant.
Le sang qui bouillonne de sa gorge m'éclabousse et j'en sens le goût salé dans ma bouche, c'est avec une horrifiante panique que je plaque mes mains contre sa plaie.
La femme est prise d'un tremblement et ses traits se mettent à fondre, se fondre dans le sang qui recouvre le lit, comme le flot inflexible d'un torrent furieux. Mes mains sont rouges de son sang et je tente de le chasser, frotter la peau pour chasser ce sang qui m'ébouillante.
Le monde est écarlate, mon front ruisselle d'eau, de sel et de sang, mes ongles s'enfoncent dans ma peau et je l'arrache en lambeau.
La souffrance est immonde, mais je déchire la peau de ma main, laissant des sillons à vif le long des doigts. Ma chair est noire, pourrie, et je sens l'odeur de la décomposition qui s'échappe de la main écorchée.
Je me penche en avant, me rattrape sur les coudes et vomit de la bile et des mouches crevées sur les draps souillés d'hémoglobine.
J'ai la sensation que mon spasme dure des heures, quand enfin je rouvre les yeux, le souffle sifflant comme si mes poumons étaient envahis de serpents.
J'aperçois un visage dans le mélange de sang, de bile et de mouches qui s'écoule face au mien. Je m'attend à apercevoir ma propre face et un instant j'y crois bien, mais le tremblement qui me parcourt le dément : c'est celui de mon père.
Réprobateur.
« Ceux que tu aimes ne font que souffrir »
La rage me gagne, se mue en haine pour ce visage ridé qui n'est que mon reflet. Je veux le tuer encore une fois et je plonge ma main dans le liquide pour écorcher vif ce front, ces joues marquées de rides qui seront miennes.
Ma main ne rencontre pas le lit, et mon bras plonge tout entier dans une mélasse noire qui m'engloutit jusqu'à l'épaule. Mes doigts rencontrent quelque chose de doux, de mouvant, comme des algues qui chatouillent et dispensent une sensation si agréable que je ne peux que refermer les doigts dessus, pour les remonter vers moi.
Une légère résistance, et je tire, je tire. Mon bras se racornit dans le liquide brûlant, et lorsque je parviens à remonter ma prise, sa peau a également fondu, laissant la souffrance battre à mes tempes.
Le froissement et le sifflement d'une lame résonne à mes oreilles, et je brandis devant moi ma prise.
Une tête.
C'est celle d'une femme que j'ai peut-être tué, qui me regarde de deux yeux comme deux puits noirs et accusateurs. Sa bouche s'ouvre en grand, se déchire en deux dans un souffle puant et je ne peux la lâcher malgré ma terrible volonté, car mes doigts se sont agglutinés à son crâne, comme si nous ne faisions qu'un.
La tête se jette sur moi, m'attrape la gorge et je pousse un dernier cri quand mon sang envahit ma trachée et ma poitrine entière.
J'étouffe et ferme les yeux, mais mon corps refuse de mourir. Des rats attendent ma mort pour traîner mes os blanchis vers leur tanière.

Je veux mourir, par pitié.
Je vous en prie, laissez-moi mourir !



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Salve-Serre

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MessageSujet: Re: Le sang   Mar 2 Sep - 20:43

-Regarde comme il est magnifique...
-C'est un garçon ?
-Évidemment, comment pouvait-il en être autrement. Prends-le dans tes bras.
-Comment veux-tu l'appeler ?
-Il s’appellera Délurian.

Elle me tend l'enfant, et j'en suis si fébrile que mon souffle est coupé et que mes mains tremblent subtilement. Je le saisis avec toute la délicatesse dont je me sais capable, et l'appuie contre mon bras, vérifiant mille fois le soutien de sa tête, et l'appui de son dos contre moi.
C'est encore un nouveau-né, nul gazouillement ou tentative d'attraper les mèches de cheveux qui pourtant chatouillent sa joue.
Son bras pend sur le coté, et il l'agite un peu, le maintenant assez vif malgré tout.
-Délurian, c'est joli.
-Un peu comme Désiré.

La femme se fend d'un sourire un peu narquois, et se redresse sur le lit, malgré son épuisement. Elle est pourtant plus belle que jamais, les cheveux un peu gras de sueur sur sa nuque.
Je souris à mon tour, plus heureux que moqueur, et saisit la main de mon fils pour jouer avec. Je caresse sa paume du bout du pouce, ses doigts se referment par réflexe, un peu, et je joue à lever et descendre son petit bras, quand celui-ci se détache.
Avec horreur, j'entends l'enfant hurler, alors que le sang jaillit en flots disproportionnés de son épaule déchirée.
La femme hurle.
-Qu'est-ce que tu as fait ! Qu'est-ce que tu as fait ! Qu'est-ce que tu.... !
Elle ne parle plus, je l'ai saisi à la gorge, et je serre, serre encore. Le corps de notre fils repose sur son giron, et il hurle toujours, des cris semblants tellement graves qu'ils en seraient adultes, c'est bien ma propre voix qui braille d'une souffrance que je n'imagine pas.
La gorge de la femme est désormais broyée entre mes mains, qui me brûlent comme si j'avais saisi des éclats de métal chauffés à blanc.
Je m'écarte, les larmes gravent des tranchées à vif sur mes joues, et je sens, une sensation si forte qu'elle m'étouffe, mon sang bouillir dans mes veines. Je voudrais fondre, me vider de ce sang qui me consume de l'intérieur, et je hurle en cœur avec l'enfant à la voix d'homme.
Je tombe à genoux, et je les sens se briser, malgré tout je dois y rester appuyé, je sais que c'est une question de survie.
Mon sang s'écoule par mes yeux comme des larmes, par mes oreilles le long de mon cou, par mon sexe dressé, comme s'il y avait la moindre raison.
Et il brûle, il brûle, ma peau se cloque sous l'action du sang qui jaillit de mes artères directement vers l'air libre.
La souffrance est insoutenable, et je me recroqueville finalement, incapable de bouger autrement. J’entends les mouches qui s'agglutinent sur le corps de la femme et de l'enfant qui s'est tu. Elles sont des milliers, et dévorent les corps tout en me criant que tout ceci est ma faute, que je ne les ai jamais assez aimés.
Alors je gémis, et je rampe dans la direction opposée, vers la sortie que je ne vois pas, car mes yeux emplis de sang sont aveugles. Je m'arrache les ongles contre le sol en pierre, mais je n'avance pas, loin de là. Mon corps tout entier est attiré par le lit où trônent les deux cadavres qui ne font plus qu'un avec les mouches.
Et pourtant je ne les entend plus.
Non, j’entends un chant, mais comment sait-je que c'est un chant ? Il a la semblance du frottement d'une craie sur un tableau, de deux lames qu'on fait crisser l'une contre l'autre. C'est un cri de douleur, qui s'infiltre dans la moindre parcelle de mon être et qui pourtant, m'apaise. C'est celui d'une créature que j'ai tué, peut-être, je ne me souviens plus. Une créature millénaire et aliénée par la douleur.
Moi, je ne souffre plus, et l'affreux chant persiste entre mes deux oreilles agitées, vrillant mon crâne d'une sinistre sérénité. Je veux m'endormir dans tout ce sang et je me rappelle que c'est cette sensation qui vient lorsque la mort vient nous chercher. Comment je le sais ? Il me semble que je meurs chaque nuit, et lorsque j'en prend conscience, je me rend compte que j'étais endormi, et que je suis éveillé.




Je suis mort cette nuit, une nouvelle fois, et les cris du plus jeune enfant et de la plus ancienne entité me hantent encore.
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