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 Marà : bribes

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Marà Isilien

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MessageSujet: Marà : bribes   Jeu 17 Sep - 20:36

Elle était assise sur un banc de Lune d'Argent, son calepin dans une main, sa plume dans l'autre, et subissait ce qu'elle apparentait a une véritable torture. Écrire ses cours... il en avait de bonnes, Elradias. Comme si elle était douée pour l'écriture. Pfff.

Maudissant intérieurement la moitié de la création, elle ratura - encore - une ligne, et mordilla le bout de sa plume d'un air concentré. Devant elle se tenait le bazar et les citoyens de Lune d'Argent passaient indifféremment, vaquant à leurs occupations. Elle n'y prêtait aucune attention. Il voulait un texte, il allait l'avoir... et tant pis si elle devait y passer la semaine. Elle relut les quelques lignes qu'elle avait écrites et ratura à nouveau un mot, rageusement, mais ce fut le moment que choisit sa plume pour faire des siennes et se mettre à couler. L'encre jaillit, constellant son visage de petits points noirs. Elle jura.

Elle était occupée se débarbouiller dans l'eau de la fontaine quand elle frissonna soudain. En quelques secondes l'air était devenu plus froid, presque glacial. L’elfe se figea. Elle connaissait cette sensation, et soudain ses souvenirs lui revinrent comme une baffe en plein visage. Elle se retourna d'un bond.

Mais déjà la température remontait. Dans la foule qui parcourait le bazar, elle distingua une silhouette sombre et encapuchonnée qui s'éloignait.

"Hey !"

Elle se redressa et se mit à courir en direction de l'apparition.

"Attendez !"

La silhouette se retourna, sa capuche glissant quelque peu, et comme dans un rêve Marà discerna un visage elfique aux traits durs, aux lèvres fines, aux yeux d'un bleu polaire. Ses longs cheveux châtains étaient retenus par un bijou rouge sang, orné d'un symbole qu'elle aurait reconnu entre mille bien qu'elle ne l'ait vu qu'une fois.
L'apparition croisa son regard, tout comme lors de leur dernière rencontre. Mais cette fois-ci elle fit demi tour, et le temps d'un battement de cœur, elle avait disparu dans la foule.

Un battement de cœur, ce fut ce qu'il fallut à Marà pour reprendre ses esprits. Elle s'élança à la poursuite de la femme, abandonnant ses feuilles raturées sur le banc. Mais elle eut beau chercher tant et plus, rien a faire. Il n'y avait aucune trace de la chevalier de la mort.
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Marà Isilien

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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Jeu 17 Sep - 20:37

et soudain ses souvenirs lui revinrent comme une baffe en plein visage...


Le fracas était impressionnant. Boucliers et épées s’entrechoquant, hurlements, grognements des goules et d’autres créatures répugnantes qu’elle savait à peine nommer. Les cris, aussi : gémissements de douleur, rugissements victorieux pour un ennemi abattu…

« Pour le bien, et pour la Milice Grise ! »

La voix claire de Valerian portait loin sur le champ de bataille et l’entendre retentir lui redonna courage. Elle se redressa et repartit au combat de plus belle, rugissant avec force. Ses lames, si vives que dans la mêlée on les distinguait à peine, tranchaient os et chairs pourries avec régularité. Mais l’armée du Fléau était bien plus vaste que la leur.
Autour d’elle l’herbe se teintait progressivement de rouge. Leur sang, celui de ses frères d’armes : les goules ne saignent pas. Elle avait douloureusement conscience du fait que chaque goutte écarlate qui colorait la plaine appartenait à un de leurs hommes, à quelqu’un qu’elle avait connu, à un ami. Si seulement les renforts se décidaient à arriver…
Au loin, sur sa gauche, elle distingua une forme sombre. La cavalière fixait le champ de bataille de ses yeux glacés, totalement immobile. C’était elle, comprit la capitaine, qui dirigeait l’assaut. Ayant achevé la goule qui lui barrait le passage, elle entreprit une lente progression en direction de la chevalier de la mort, perçant les rangs ennemis. S’il fallait mourir aujourd’hui, autant le faire en beauté, en emportant avec elle cette chienne du roi-liche qui les toisait du haut de sa monture.

La femme chevalier l’avait vue arriver et l’attendait de pied ferme. Les dagues frappèrent l’épée runique dont l’aura bleutée glaça la capitaine jusqu’au os. Elle roula sur le coté pour se désengager mais son adversaire la suivit, frappant de taille. Esquivant de justesse, elle bondit à son tour, parant d’une main tandis que l’autre montait chercher la gorge. L’espace d’un instant elle cru qu’elle l’avait touchée, et elle eut tout loisir de contempler le visage de son ennemie dont la capuche sombre avait glissé. Une elfe brune, à peine plus grande qu’elle. La haine et la colère déformaient ses traits durs, d’une étrange beauté malgré des yeux de glace. Un joyau rouge sang retenait sa chevelure.
Puis la chienne du fléau la repoussa, avec une force qu’elle n’aurait jamais soupçonnée chez quelqu’un d’aussi frêle. Les échanges reprirent. Parade, feinte, attaque… la femme chevalier se battait bien, parant chaque coup avec une célérité implacable. Marà combattait avec la fougue et l’énergie du désespoir, et pourtant peu à peu elle perdait un terrain. Pas après pas, son adversaire la faisait reculer et elle avait beau être rapide, esquivant d’un bond les coups de l’énorme épée runique, elle commençait à s’épuiser alors que la chevalier restait imperturbable. Un coup finit par l’atteindre, lui entaillant durement le bras. Elle fit un pas en arrière et le coup suivant, manquant de la décapiter, lui ouvrit la joue de la ligne de la mâchoire jusqu'à la pommette.
Elle hurla de douleur tandis que le sang chaud commençait à couler le long de son cou. Parer l’attaque suivante la fit tomber à la renverse. Elle roula sur le coté, tenant de se relever, mais un coup de pied de la chevalier de la mort la fit mordre à nouveau la poussière. Les yeux écarquillés, elle vit l’arme de son adversaire descendre vers elle, trop vite, trop fort pour qu’elle puisse l’esquiver.

Un hurlement clair, et qui portait loin. Alors qu’elle se préparait à sa propre mort, Valerian, sorti de nulle part, chargea la chevalier et l’envoya au sol. Celle-ci parvint cependant à se rétablir, repoussant son assaillant, et le combat commença. Le regard vitreux déjà voilé de rouge, Mara tenta de se redresser, mais elle perdait trop de sang et elle le savait. Les blessures infligées par sa dernière adversaire étaient loin d’être les premières qu’elle récoltait au cours de cette bataille. Son visage tailladé lui donnait l’impression de n’être plus qu’une plaie sanglante et le liquide rouge imprégnait ses cheveux, ses vêtements, sa bouche…
L’énorme épée à deux mains de Valerian parait avec force les coups de l’arme runique, mais pourtant Marà sentit que lui aussi perdait du terrain. Chacun de ses coups se faisait peu à peu moins puissant, chaque parade moins assurée que la précédente. Prenant appui sur un tronc derrière elle, l'elfe ramassa l’une de ses dagues et se releva lentement. Elle avait à peine la force de tenir son arme et son regard suivait difficilement le combat. La chienne du roi-liche lui tournait le dos, pourtant, et elle su que c’était la son unique chance. Valerian allait mourir, elle n’avait pas le droit à l’échec. Elle s’élança.

C’est alors que son corps la trahit. Ses jambes trop faibles se dérobèrent sous elle et elle trébucha, tombant à nouveau. Tout ce qu’elle vit fut le sang qui jaillissait tandis qu’avec un hurlement Valerian s’écroulait lui aussi, l’abdomen ensanglanté et le bras tranché avec une netteté effroyable. Elle cria à son tour, dégainant ses dagues de lancer, mais la chevalier fut plus rapide. Elle se retourna vers la capitaine, son aura glacée grandissant tandis qu’elle tendait la main. Un trait de lumière violacé en jaillit et Marà sentit sa gorge se serrer jusqu'à l’étouffement. Elle lutta, se débattit pour chercher de l’air, en vain. Elle fut propulsée vers son adversaire, qui l’attendait lame en avant. Un froid terrible s’empara de tout son corps alors que l’épée runique s’enfonçait dans la chair de son ventre…

Au loin, une trompette retentit mais elle ne l’entendit qu’a peine. La chevalier de la mort dégagea son arme et une fois encore le corps de la capitaine percuta durement le sol poussiéreux du champ de bataille. Au nord le bruit se faisait plus fort, et il lui semblait entendre des clameurs. En un dernier effort, elle tourna la tête et regarda Valerian, étendu comme elle un peu plus loin, dans une marre de sang. Il lui rendit son regard et il lui sembla voir ses lèvres s’étirer en un mince sourire, mais déjà l’éclat des yeux du général faiblissait. Leur lumière vira progressivement au gris, et il la contemplait toujours lorsque l’ultime éclat disparut, remplacé par le regard vide de la mort. Les clameurs venant du champ de bataille redoublèrent, et le son clair des trompettes de Lune d’Argent résonna à nouveau. Mara ferma les yeux et se laissa emporter dans les ténèbres.


Dernière édition par Marà Isilien le Jeu 8 Oct - 15:52, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Jeu 17 Sep - 21:33

L’elfe leva les yeux vers la fenêtre et constata avec surprise que la lune était déjà basse. Elle repoussa d’une main les feuilles qui jonchaient le bureau et secoua la tête. Cela suffisait pour ce soir, le reste des comptes de l’Académie pourrait bien attendre un peu. Elle se leva, souffla la chandelle et quitta le bureau du directeur.
Son bureau. Elle aurait beaucoup de mal a l’envisager comme ça, réalisa-t-elle tandis qu’elle avançait en silence en direction des dortoirs. Elle n’avait pas touché a la décoration et continuait de s’y sentir une étrangère. Ce qui n’était peut-être pas une mauvaise chose, de toute façon, Elradias finirait peut-être par revenir…

Elle pris garde de ne pas faire craquer le parquet en pénétrant dans le bâtiment, et se glissa jusqu'à son lit. Elle écarta le lourd rideau de fabrication taurène qui lui procurait un peu d’intimité, et s’assit sur ses draps, contre le mur, avant d’allumer une petite lampe à huile.

La gestion des comptes de l’académie la fatiguait plus que ses entraînements quotidiens, et elle était extrêmement lasse. Elle ôta son armure, la rangeant soigneusement pièce après pièce, puis elle tira de sa table de nuit un peigne d’ivoire et un petit miroir tout simple. Elle entreprit de démêler ses cheveux décolorés par le soleil.

Elle faisait rarement attention à son image, et les coups d’oeil qu’elle jetait au miroir étaient purement pragmatiques. Elle connaissait suffisamment ses traits pour ne pas éprouver le besoin de se contempler.
Elle n’avait jamais été d’une beauté particulièrement époustouflante, mais autrefois elle avait eu un certain charme. Ses traits quoique réguliers n’étaient pas particulièrement remarquables, cependant son expression volontaire et le feu du défi qui allumait son regard lui conféraient un magnétisme indéniable.
C’était avant, cela dit. Aujourd’hui la première chose qui attirait l’œil était sa balafre, large et rougeâtre, gâchant l’harmonie de ses traits pourtant fins. Son expression elle aussi n’était plus la même. La flamme qui l’habitait avait disparu, remplacée par un masque impassible de calme, des sourires de façade, un regard grave.

Elle le savait parfaitement, mais ne s’en inquiétait pas plus que cela. Ses cheveux démêlés, elle reposa le peigne et le miroir, se glissa sous le drap et éteignit la lampe.
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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Jeu 17 Sep - 21:43

La musique avait une qualité indéfinissable, envoûtante, obsédante. Elle la portait presque, tandis qu’elle valsait dans les bras de Valerian entre les feux du campement de la milice. Violon elfique, tambours trolls, chants taurens graves et profonds. De plus en plus forts, de plus en plus vite dans l’étreinte a la fois ferme et douce de son partenaire, tandis que le décor s’effaçait autour d’eux jusqu'à ce qu’ils évoluent dans une douce lumière blanche. Elle s’éloigna de quelques pas pour mieux tourbillonner, les yeux à demi fermés, mais quelque chose de glissant et de poisseux sous ses pieds nus la fit s’arrêter net.
Un liquide rouge sombre maculant le sol. Effarée, elle marqua un temps d’arrêt et son regard se posa sur ses mains. C’était du sang, comprit-elle, un sang épais qui coulait de ses paumes et gouttait jusqu’au sol, formant une mare à ses pieds.

Elle releva la tête, cherchant le secours de Valerian, mais lui aussi était environné de sang, qui jaillissait de son bras coupé. Ses yeux avaient pris la teinte grise et terne de la mort dans son visage émacié, et il la fixait d’un air accusateur.

« Tu m’as abandonné. »

Le sang n’en finissait plus de couler, et elle pataugeait maintenant dans plusieurs centimètres du liquide écarlate qui montait dangereusement. Elle n’en recula pas moins de quelques pas, secouant la tête en signe de dénégation. Elle voulu protester, mais sa gorge contractée ne produisit aucun son.

« Je suis venu te sauver, et tu m’as abandonné. Regarde ce que tu m’a fais. »

Il se tourna totalement vers elle, et elle pu voir l’autre plaie qui lui déchirait l’abdomen. Elle aussi saignait abondamment.

Elle recula encore, le sang lui arrivant maintenant à la taille. Valerian lui semblait évoluer dessus sans effort, comme si la masse liquide se solidifiait sous lui.

Ou gelait.

Elle le regarda a nouveau, et ses yeux n’étaient plus gris, mais d’un bleu de glace et de mort. Le sang atteignit le torse de l’elfe, puis son cou. Puis Valerian se mit à rire, son beau visage déformé par un affreux rictus, tandis que Marà luttait en vain contre la noyade, le sang commençant à la submerger. Elle bu la tasse, recracha une gorgée au goût métallique tout en tâchant de se maintenir a la surface. Valerian s’approcha d’elle, riant toujours, et appuya sa botte sur sa tête d’un coup ferme. Elle coula en se débattant.




De l’air, enfin. Elle aspira à grandes goulées et mit quelques secondes a comprendre pourquoi elle ne se noyait plus. Les bruits rassurants de la nuit des Tarides, la respiration des autres dormeurs, les ronflements de Jinzoul…
Un frisson la parcourut. Remontant la couverture jusqu'à son nez, elle se pelotonna en position fœtale, cherchant vainement à chasser les images persistantes de son cauchemar. Ce n’est qu’une heure avant l’aube qu’elle parvint finalement à retrouver le sommeil.
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Marà Isilien

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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Jeu 1 Oct - 20:02

« Je te préviens, si tu franchis ce seuil, tu ne remettras plus les pieds ici ! »

Elle le foudroya du regard, l’air provocateur, et enjamba rageusement le seuil.

« Tu n’es plus ma fille, tu m’entend ? Je te renie ! »

Elle claqua la porte sur les cris de son père et les sanglots d’Astra, et s’éloigna d’un pas décidé de l’antique demeure familiale, s’enfonçant dans les ruelles de la vieille Lune d’Argent.

Elle avait seize ans. Le sac de toile fine qu’elle portait sur l’épaule ne pesait pas bien lourd, et l’unique chose de valeur qui reposait au fond était une petite statuette de jade et d’or qu’elle avait volée en partant. Elle se sentait légère.
Elle prit une grande inspiration. Elle marchait vite, dansant presque, savourant cette liberté nouvelle. Les dernières paroles de son géniteur ne lui faisaient ni chaud ni froid. Plus jamais ils ne tenteraient de réglementer sa vie, plus jamais ils ne lui imposeraient quoi que ce soit, leurs robes idiotes, leur préciosité imbécile, leurs galas ridicules. Elle ne dépendait plus que d’elle-même !
Il ne faisait aucun doute qu’elle se débrouillerait parfaitement bien toute seule. Bien mieux qu’eux ne l’auraient fait, en tout cas. Après tout, elle avait passé toute son enfance à guetter les occasions de s’échapper quelques heures pour traîner dans les rues. C’était un monde qu’elle connaissait, et elle y serait forcément bien mieux que dans la demeure familiale. Elle serait bien mieux n’ importe où ailleurs, en fait.
Elle erra quelques heures dans les rues, sans but particulier, se contentant de savourer l’instant présent. Lorsque la faim se fit sentir, elle vendit la petite statuette contre un grand sac de vivres et s’installa au pied d’une fontaine pour manger à sa guise.
Elle dormit là, la tête reposant sur son paquetage. Les nuits du printemps éternel étaient douces, et elle n’eut même pas froid.

Elle repartit au petit matin, marchant ou ses pas l’entraînaient. La ville était bien plus grande qu’elle l’aurait pensé de prime abord, et elle avait beau y avoir grandi, elle réalisait que l’immense majorité des quartiers lui étaient totalement inconnue. Elle n’aurait probablement pas pu rentrer toute seule jusqu'à la demeure familiale, même si elle l’avait voulu. Cependant l’idée ne lui traversa même pas l’esprit, toute occupée qu’elle était à s’émerveiller de tout ce qu’elle voyait. Elle comprenait parfaitement maintenant ce que son précepteur voulait dire quand il parlait de la grandeur des Haut-elfes. Une telle hauteur, une telle richesse, le marbre et les fontaines dorées… assurément, Lune d’Argent était la plus grande et la plus magnifique de toutes les cités. Le centre du monde.
Marcher aussi longtemps lui donnait faim, et a là mi-journée elle eut englouti près du tiers de ce qui restait de ses provisions.

Elle traversa un grand bazar animé et remonta une petite ruelle, qui débouchait sur une allée.
Il fallut quelques secondes à ses yeux habitués à la lumière éclatante pour s'accoutumer à la pénombre qui y régnait. De vastes tentures obscurcissaient le ciel, faisant de la rue un endroit confiné, presque oppressant. Elle réprima un frisson. Ça n’était tout de même pas quelques bouts de tissus qui allaient l’arrêter, se répéta-t-elle tout en avançant. Dans un coin, pelotonné contre un mur, un elfe d’une maigreur effrayante semblait dormir, une bouteille a ses côtés. Elle détourna le regard et accéléra le pas.
Elle ne remarqua pas l’ombre qui la suivait avant de se faire plaquer contre un mur. Son dos encaissa durement le choc et elle laissa tomber ses sacs. Un grand elfe sale et hirsute la fixait d’un air lubrique, tout en la retenant fermement.

« Alors, ma jolie, on vient s’encanailler dans l’allée du meurtre ? »

Ses yeux brillaient d’une lueur malsaine, et son sourire ne faisait que le rendre plus effrayant. Elle tenta de se débattre mais la poigne de son agresseur semblait faire d’acier. Il approcha son visage du sien. Son haleine empestait l’alcool et la feuillerêve. Il lui lécha la joue et tenta de l’embrasser.

« Eh, vous ! Lâchez cette jeune fille, immédiatement ! »

Le garde à l’air sévère se précipita vers eux. L’agresseur la lâcha, se pencha pour ramasser les sacs tombés au sol et fila sans demander son reste.

« - Vous allez bien, mademoiselle ?
- Je… je crois… je n’ai rien, ça va....
- Une jeune fille comme vous ne devrait pas traîner dans ce genre de rues. Venez… je vais vous raccompagner chez vous.
- Non… non, c’est pas la peine, ça va… j’aimerai juste quitter cet endroit… »


Le garde lui posa une main rassurante sur l’épaule et reconduisit doucement l’elfe encore sous le choc jusqu’au bazar.

« - Vous êtes sure que ça ira ?
- Oui… a partir de la, je saurais me débrouiller. Merci. »


Il la regarda, l’air dubitatif.

« Très bien… bonne journée, mademoiselle. Soyez prudente… »


***


Elle traîna plusieurs jours dans le bazar. Elle buvait à la fontaine, mais la faim se faisait de plus en plus tenace. Son agresseur avait emporté avec lui ses affaires et ses vivres. Elle n’avait plus rien.
Blottie contre un mur, serrant ses genoux contre son ventre vide, elle fit le point. Elle était au bord du désespoir.
Rien n’avait tourné comme prévu, et vivre seule était bien plus difficile qu’elle ne l’aurait cru. A la simple idée du repas qui l’attendrait si elle rentrait à la maison, son ventre se mit à gargouiller de façon abominable, et les larmes lui montèrent aux yeux.
Tout était de la faute de ce pouilleux, dans l’allée sombre, qui lui avait tout pris. Si seulement elle avait su se battre, si elle avait été plus forte, alors tout serait allé différemment. Au lieu de cela, elle s’était laissée faire comme une pauvre biche effarouchée, et sans le garde…le garde…
Elle eut un sursaut, et ses pensées prirent soudain un tour nouveau. Rentrer chez elle, c’était admettre sa défaite, et ça il n’en était pas question. Non, il fallait qu’elle persiste, qu’elle se batte… ou du moins qu’elle apprenne à le faire. Comme ce garde.
Elle se releva et contempla son reflet quelques instants dans l’eau de la fontaine. Ses cheveux étaient emmêlés et son visage crasseux. Elle le plongea dans l’eau claire pour effacer les sillons de ses larmes et arrangea sa coiffure comme elle le pu. Sa décision était prise.

Elle se renseigna. Les combattants de Lune d’Argent étaient forcément formés quelque part. On lui indiqua le bureau de recrutement.

Une heure plus tard, une petite elfe de sang blonde et maigre s’y présentait, et remplissait d’une main tremblante le formulaire d’inscription.
Lorsqu’on lui demanda son nom, elle hésita. Son père l’avait reniée, pouvait elle encore utiliser son nom ? Elle pencha la tête, comme elle le faisait souvent quand elle se mettait à réfléchir. Ses parents auraient détesté ce qu’elle était en train de faire. Si cela venait à se savoir, ils se mettraient probablement dans une rage folle. Elle sourit, et décida que c’était une raison suffisante.

« Je m’appelle Marà Erica Isilien, du clan Atan’hae. »

Prend ça, papa, pensa-t-elle.


Dernière édition par Marà Isilien le Dim 25 Mar - 14:28, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Jeu 8 Oct - 15:49

Encore un cauchemar. Ils étaient de plus en plus réguliers. Elle se tourna et se retourna dans ses draps, tout en sachant pertinemment qu’elle ne se rendormirait pas avant plusieurs heures. Elle finit par écarter la tenture et quitter son lit, marchant sans bruit jusqu'à la porte du dortoir.

La nuit était fraîche, et elle frissonna dans la brise nocturne qui transperçait le lin fin de ses vêtements. Pieds nus, elle escalada la colline d’en face et s’installa au sommet, face a la lune qui s’abîmait lentement dans la mer. A l’est, le ciel blêmissait déjà. Tout n’était que silence.
Dans son rêve, cette fois, elle avait entendu un enfant pleurer. Elle ferma les yeux et porta la main a son ventre, sentant sous ses doigts la fine cicatrice blanche qui le traversait de part en part. Cette blessure-là avait été mieux soignée, mieux traitée que celle de sa joue, et la marque s’était peu a peu estompée jusqu'à devenir ce fin liseré clair et discret. La douleur qui transperçait son cœur, elle, n’avait pas faibli.

Lorsque le premier rayon du soleil surgit de derrière les montagnes, il trouva au sommet de la butte un écho, une perle liquide dans laquelle refléter sa gloire et sa lumière. Une larme, unique et solitaire, glissait sur la joue de Marà.
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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Jeu 8 Oct - 16:31

Elle ferma les yeux et porta la main à son ventre…

«Tu es sûre de toi, Shayat ? Vraiment ? »

La taurène lui sourit d’un air bienveillant et lui tapota l'épaule.

« Il est rare qu’une druidesse se trompe sur ce genre de questions, Marà. »

L’elfe rouvrit les yeux avec un sourire incertain. Sur son visage qu’aucune cicatrice ne marquait encore, le bonheur se disputait à l’inquiétude.

« - Mais… qu’est-ce que je vais en faire ?
fut tout ce qu’elle parvint à dire.
- Eh, tu as le temps d’y penser, ne t’en fais pas. Il n’a que quelques semaines. D’ici a ce que tu sois incapable de bouger, les choses auront évolué. Rien ne t’oblige a arrêter le combat maintenant. »

L’elfe sourit plus largement. Shayat et elle faisaient partie de la Milice Grise depuis plusieurs années, et elles se comprenaient bien. Abandonner le combat n’était pas envisageable pour le moment, pas alors que l’offensive du Roi-liche sur Azeroth s’intensifiait.

« Tu as raison… Et puis il faut que j’en parle à Val’. »

Elle remercia chaleureusement la taurène et quitta la tente. Le camp était calme. Cela faisait quelques jours déjà qu’ils étaient établis à Brise-Clémente et la routine commençait à s’installer, malgré les escarmouches fréquentes avec les morts-vivants. Valerian et ses hommes étaient arrivés en renforts lorsque l’on avait commencé à signaler un regain d’activité dans la Malebrèche. Les goules arrivaient par petits contingents, mais avec l’aide de la Milice la garnison locale n’avait eu aucune peine à les repousser jusqu'à présent.

Marà réalisait peu a peu ce qui lui arrivait, et un bonheur immense la submergea. Peu importaient tout à coup la guerre, le Fléau, les batailles. Elle portait un enfant. L’enfant de Val. Sereine, heureuse, elle se dirigea vers la tente qu’elle partageait avec le général.

« Alerte ! Alerte ! »

L’alarme retentit soudain dans tout le campement.

« Le Fléau ! Une armée ! Ils se dirigent par ici ! »

Les hommes se mirent à courir, s’équipant, ramassant leurs armes. Marà les imita et héla la sentinelle qui avait crié, demandant un rapport.

« Une troupe du Fléau, Capitaine ! Bien plus grande que tout ce que vous avons vu jusqu’ici. Une chevalier de la mort est à leur tête ! »
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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Jeu 11 Fév - 13:16

Je me souviens…

Je me souviens de cette soirée, lorsque le frère de Valerian était passé nous voir et que spontanément, nous avions décidé de faire une fête. C’était une nuit d’été, une nuit sans lune, et on avait allumé partout dans le campement de grands feux de joie. Quelques tonneaux de junglevigne avaient été mis en perce, Jin’zoul était en train de battre Tharek à plate couture à un concours de boisson… Les rires fusaient autour des foyers, couvrant le crépitement des braises tandis que les flammèches montaient vers les étoiles.
Sae’ja avait commencé à battre sur un bouclier un tempo troll, rapide et entraînant. Taviel avait immédiatement couru chercher son violon, et l’instrument elfique s’était mêlé aux percussions, cherchant d’abord le ton, puis courrant sur le rythme avec grâce, l’enrichissant d’une mélodie complexe et envoûtante. Cette même mélodie que j’entends encore parfois dans mes rêves.

Certaines choses n’ont pas changé, et déjà a l’époque, je prisais assez peu les robes et les atours de dame. Mais il en fallait plus pour décourager Valerian. Il me fit lever, et sans me laisser le temps de protester, noua d’autorité autour de ma taille une couverture légère qui traînait dans un coin. Il me tira avec lui en riant, me faisant tournoyer entre les feux dans ma jupe improvisée.

Je n’avais pas dansé depuis mes quatorze ans, et à l’époque je n’étais pas une très bonne élève. Les rares pas que j’avais retenus autrefois m’étaient totalement sortis de la tête depuis longtemps. Mais il était impossible de mal danser dans les bras de Valerian.
Il ne m’accompagnait pas, il me portait presque, me faisant tourbillonner entre ses bras et me soulevant comme si je ne pesais rien. Il me guida sur les premières mesures, attendis que je trouve le rythme, puis nous nous sommes laissés porter par la musique. Ca ne ressemblait a rien de ce que j’avais pu entendre jusque la, et je n’ai plus jamais rien entendu de pareil. Pas totalement un rythme troll, pas totalement non plus une valse thalassienne… Quand Shayat se mit à chanter, sa voix grave scandant d’obscures paroles en taurahe pour accompagner les musiciens, je renonçais définitivement a tenter d’identifier les harmonies et me contentais d’apprécier la beauté de ce qu’ils créaient ensemble.

Valerian et moi tournoyions entre les feux de joie, et je sentais sa main, douce mais ferme, dans mon dos. Il souriait en me regardant, et ses yeux brillaient de cet éclat de joie pure qui les éclairait parfois, et pour lequel j’aurais donné mon âme. Nous dansions comme si nous avions fait cela toute notre vie, comme si nous étions faits pour ces instants. Ma jupe de fortune volait autour de mes jambes sans réellement me gêner. Je me souviens de sa couleur, je me souviens de l’herbe humide sous mes pieds nus, je me rappelle chaque détail. Les autres se sont levés, et presque tout le campement nous a rejoint sur cette piste de danse improvisée. Je me souviens de leurs rires.

Puisse-t-on m’accorder de m’en souvenir toujours.
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Marà Isilien

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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Mar 9 Nov - 20:24

Enfance


« Seulette suis et seulette veux être
Seulette mon tendre ami m’a laissée… »


Les voix aigues des trois fillettes égrènent la comptine sur un ton enjoué qui tranche avec la mélancolie des paroles. La corde tourne de plus en plus rapidement entre les mains enfantines. La brunette, dont les boucles sombres tombent en rouleaux parfaits sur ses petites épaules, accélère volontairement le rythme, provoquant un regard chargé de reproches chez sa compagne aux cheveux de miel qui tient l’autre extrémité.

Au centre, la petite blonde se sent pousser des ailes. Jeryl’ peut tourner la corde aussi vite qu’elle le veut, elle n’ira jamais assez vite pour elle. Tap, tap ! Ses pieds frappent le sol dallé avec régularité. Il suffit de suivre le rythme.
Déjà sa robe, coupée sur mesure et décorée de dentelles de prix, semble chiffonnée. Sa chevelure en bataille et les taches d'herbe sur ses manches contrastent avec les mises soignes de ses camarades. Elle a retiré ses chaussures : les petits souliers vernis ne sont pas pratiques pour sauter. Efany, sa gouvernante, aurait probablement une attaque en la voyant ruiner ainsi ses beaux bas blancs, sans parler de la réaction probable de sa mère. Elles s’en apercevront forcément. Elles la puniront forcément.

Mais c’est plus tard, ça n’est pas maintenant, ça n’a pas d’importance. Elle saute, saute, de plus en plus vite, exhalant les strophes de la comptine entre deux inspirations.

« …Et seulette resterai
Pour l’é-ter-ni-téééééé »


Elle saute sur le coté et s’immobilise, son sourire éclatant rendu asymétrique par la perde récente de deux dents de lait. Elle fixe Jerylian d’un air victorieux.

« - Tu vois, j’y arrive !
- Efanyyyyy ! Marà a encore sali ses bas ! »

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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Mar 20 Déc - 2:28

Une légère poussée. Ca y est, je chute. Je tombe.

J'écarte les bras tandis que le vent me claque le visage et balaie mes cheveux en arrière, les faisant voler derrière moi. La sensation est grisante. Plus rien ne me retient, plus rien a quoi me raccrocher, je ne suis plus qu'un objet inerte. Je tombe. Je tombe. Je tombe.

J'ai comme un haut-le-coeur. La falaise défile à toute allure à côté de moi, et pourtant j'ai l'impression que cette chute dure des heures. Est-ce parce que je suis ivre ? Peut-être.
Je ferme les yeux. Je suis en train de voler. Libre, vide de tout hormis de cette immense sensation de rien en dessous de mes pieds. La peine, les regrets semblent être restés en haut du promontoire. Je vole, et pourtant je continue de tomber.
Je rouvre les yeux, surprise de trouver la conclusion de ma chute aussi proche. Le temps d'un battement de coeur et je heurte la surface.

Je percute l'eau glacée avec un claquement ses, puis une grande vague liquide se referme sur moi. Les remous s'apaisent vite et le sifflement de l'air fait place a un silence ouaté. Le poids de mon armure et de mes armes m'attire par le fond, et l'alcool m'a rendue trop faible pour essayer de lutter. Je sombre peu à peu. Je coule.
Pourquoi pas, après tout ? J'en ai assez de me battre. Il ne fait pas si froid que ça, ici. Ce serait tellement plus facile...

...C'est comme le réveil d'une bête noire et furieuse qui se met a rugir au creux de mon ventre, de mes tripes, de ma poitrine. Je pousse un hurlement silencieux qui fait se remplir d'eau salée ma bouche et mes narines. Puisant dans une force dont j'ignore la provenance, je me met en mouvement, bascule et commence à nager.
C'est comme d'essayer de soulever une montagne. Mes muscles tirent, la tête me tourne. J'ai de l'eau plein la gorge, plein les bronches, plein les yeux. Je ne vois plus rien. Mais pourtant, sans savoir comment, j'y arrive. Je remonte, peu à peu, une brasse après l'autre. Mes poumons sont sur le point d'éclater quand je parviens enfin à percer la surface. J'inspire autant que j'en suis capable, et je me traine jusqu'à la rive avec des mouvements lents. Une vague me pousse sur la plage, le nez dans le sable. Je tousse un peu d'eau, puis je m'étale au sol en haletant. Un feu d'artifice d'étoiles rouges, jaunes et bleues danse devant mes pupilles. J'ai mal au crâne, mal aux bras et a la gorge. J'attends de longues minutes, en fixant les étoiles, que ma respiration se calme, puis je ferme les yeux.

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MessageSujet: Re: Marà : bribes   Mar 8 Mai - 5:09

Le bureau, situé au cœur du bâtiment, ne comportait aucune fenêtre, et les bougies qui l'illuminaient n'était pas suffisamment nombreuses pour offrir autre chose qu'un éclairage médiocre. Les yeux des trois elfes qui l'attendaient brillaient comme des flammes vertes dans la demi pénombre de la pièce, se fixant sur Marà tandis qu'elle se mettait au garde-à-vous.
A droite du fauteuil capitonné, les lèvres pincées et le visage maigre, se tenait le commandant de son bataillon, Alsinar Shel'trian... Alsinar Heurtesang maintenant, corrigea-t-elle mentalement tandis qu'elle le saluait formellement. A sa gauche, elle eut la surprise de découvrir Maitre Aeloren, l'uniforme plus décoré encore que celui de Heurtesang, dont le visage impassible ne fut pas le moins du monde troublé par le regard étonné qu'elle lui lança.
Le troisième individu, assis au centre, était un civil qu'elle ne connaissait pas, mais la richesse de sa mise l'avertit immédiatement qu'il n'était pas n'importe qui. Son œil entraîné enregistra les détails en quelques instants. Ongles manucurés, peau blanche et lisse, sans marques. Les cheveux noirs, raides et huilés, tirés en arrière, et des yeux d'émeraude dont la lueur était encore plus prononcée que celle de ses compagnons. Ses vêtements, quoique civils, étaient du même rouge que les nouveaux uniformes des armées de Quel'Thalas. Ses doigts étaient ornés de plusieurs bagues de prix, dont la plus impressionnante portait en cabochon un rubis de taille impressionnante. Marà s'inclina profondément, le regard bas, avant de reprendre sa position initiale.

« Repos, Lieutenant Isilien. »


L'inconnu agita la main avec un sourire amusé.

« J'imagine que vous n'avez pas vraiment l'habitude de recevoir ce genre de convocation au milieu de la nuit, Lieutenant ? Bien sur que non. Mais l'époque que nous vivons est celle du chamboulement des anciennes habitudes, n'est-ce pas ? L'époque du renouveau de notre peuple. De notre renaissance. »


Sa phrase ne semblait pas de prime abord appeler une quelconque réponse, mais le regard perçant qu'il lui lança la fit se sentir subitement mal à l'aise, la poussant à briser le silence.

« Certainement, messire. »

Il reprit aussitôt.

« Tels le phénix, nous avons brûlé, et tels le phénix nous renaissons aujourd'hui de nos cendres. Je suis heureux que nous nous comprenions. Mais je n'en attendais pas moins de vous, Lieutenant Isilien. J'ai étudié avec soin votre dossier. »

Elle se retint d'arquer un sourcil, dissimulant sa perplexité tandis qu'il poursuivait. Son ton était lent, légèrement traînant, mais son discours était marqué par des effets d'emphase, des changements de ton et de registre utilisés avec l'art consommé d'un orateur de talent. Un politicien.

« Notre peuple a frôlé l'extinction. Des actions de chacun d'entre nous dépend maintenant le futur de notre race toute entière, et notre survie ne tient qu'à notre capacité à nous unir, à ne faire qu'un derrière notre Prince pour restaurer notre grandeur. »

Une légère pause. Encore un effet de style.

« Pourtant, malgré la grande urgence dans laquelle nous nous trouvons, certains semblent ne pas comprendre cette nécessité vitale. Des voix s'élèvent qui contredisent et critiquent les décisions du Prince Kael'Thas. Peut-être même les avez-vous entendues ? »


Marà hocha légèrement la tête.

« J'ai entendu les rumeurs, Messire, comme tout le monde je suppose. Des agitateurs contestant la trahison des humains et les choix du Prince. J'avais cru comprendre que des mesures étaient prises pour remettre ces égarés dans le droit chemin »

« Oh, en effet, nous avons des arcanistes qui s'occupent de ce genre de choses. Mais ces quelques fauteurs de troubles ne sont que la partie émergée de l'iceberg. La réalité, malheureusement, est bien plus sombre et plus complexe. En sous-main, des réseaux s'organisent. Des pamphlets circulent. Des citoyens en apparence très honorables propagent en secret la contestation. Y compris, et j'ai peine à le dire, dans les plus hautes et les plus nobles familles que compte encore notre nation. Des gens d'influence, à la réputation pourtant très respectable, capables, si on leur en laisse le temps, d'ébranler jusqu'aux fondations cet ordre nouveau pour lequel nous avons tant souffert. Capables de nous diviser, nous, sin'doreis, et de mettre en péril la survie même de Quel'Thalas. »

« Je l'ignorais, messire. »


Il la regarda à nouveau, dardant ses prunelles flamboyantes sur le visage impassible de la blonde. Le silence s'éternisa durant quelques secondes. Ni Heurtesang, ni Maitre Aeloren n'avait encore prononcé un mot.

« Comme je vous le disait, Lieutenant Isilien, j'ai soigneusement étudié votre dossier. Votre mentor m'avait recommandé de m'intéresser à vous, et je dois bien admettre que je n'ai pas été déçu. Vos débuts on certes été quelque peu chaotiques, mais en dehors de cela, votre parcours semble sans tache depuis près de 90 ans. »

Ses oreilles frémirent, et son regard croisa celui de son ancien instructeur. Maitre Aeloren, elle le savait, avait toujours veillé sur sa carrière, mais il n'était pas homme à donner quelque chose sans penser qu'on l'avait dûment mérité. Ni à vous recommander pour quoi que ce soit sans être certain que vous seriez à la hauteur. Elle ne l'avait déçu qu'une fois, et s'était fait le serment solennel de ne plus jamais laisser une telle chose se reproduire. Une promesse qu'elle n'avait aucune intention de trahir.

« Il y est également précisé », poursuivit l'inconnu, « Que vous êtes quelqu'un d'intelligent et d'ingénieux, et que disposez du talent de vous dissimuler dans les ombres. De plus, votre formation comme vos états de service correspondent précisément à ce que nous cherchons. »

Il la fixait à nouveau, et son regard se fit plus intense.

« Notre patrie est en danger, Lieutenant Isilien. Un chancre la ronge de l'intérieur et menace de la faire s'effondrer. Notre Prince est en Outreterre, mais nous ne pouvons nous permettre de lui faillir. Il est triste de devoir en arriver a de telles extrémités, mais les traîtres qui menacent Quel'Thalas ne nous laissent pas le choix. Notre peuple est comme une plaie ouverte qui entame tout juste sa cicatrisation, et nous devons en extirper la gangrène.  »

Encore une pause. Marà se contenta de hocher légèrement la tête en attendant l'inévitable suite.

« Malheureusement, un certain nombre de ces félons sont, comme je vous le disais, des gens de haute naissance. Leur réputation leur apporte malgré leurs actes un soutient conséquent. Des accusations et des procès publics ne feraient que créer des factions et nous diviser ; nous ne pouvons pas nous le permettre. Il nous est impossible d'agir au grand jour. C'est pour cela que nous avons besoin de vous, Lieutenant Isilien, de vous et d'autres comme vous que nous sommes en train de recruter. Nous avons besoin d'une unité de gens capables d'agir dans l'ombre, d'éliminer cette menace discrètement avant qu'elle ne nous conduise à la ruine. »

Il marqua un nouveau temps d'arrêt, la laissant intégrer l'information, puis enchaîna d'un ton direct :

« Êtes-vous prête à faire cela, Lieutenant Isilien ? Prête a faire ce qui est nécessaire, à vous salir les mains pour le bien de votre partie ? »

Dans la pénombre de la pièce, le regard de l'éclaireuse était éclairé d'une lueur du même vert que celui de ses interlocuteurs. Elle hocha la tête.

« Ma vie est au service de mon Prince, Messire. Au service des Sin'doreis »

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