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 Tranche de vie : Les flammes de la Guerre

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Trench

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MessageSujet: Tranche de vie : Les flammes de la Guerre   Mar 24 Avr - 23:53

[/HRP] [Donc voilà ! C’est mon background, il y a sûrement pas mal de fautes, même après relecture (je lis souvent « dans le feu de l’action ») Tout commentaire est le bienvenu ! ( voir même obligé ! )]

( à chaque page, je met donc une musique que j'ai écouté dans la rédaction et qui "colle" avec le texte, enfin selon moi ! )








I. Dans l'attente de la tempête







Le feu. Rien que le souffle ardent et hurlant. Nul raison, nul ordre, seulement le brasier. Comme une toile de fond, constante, abstraite, et tentante.

Le gobelin s’éveilla en sursaut, croyant être trempé de sa sueur. Mais ce n’était rien d’autre qu’une pluie drue, un lit humide d’eau salée, qui accompagnait parfaitement le roulis du navire sur lequel il se trouvait. Les hautes vagues qui frappaient la coque de bois et de fer, noyant les cris des peaux-vertes sous un déferlement d’écume. Le gobelin leva, presque avec dédain, les yeux aux ciels. Depuis la cale où il se trouvait avec ses camarades, on ne pouvait voir que les voiles et le mât. Des voiles rouges, aux couleurs de la Horde. L’eau suintait de tous les recoins du navire, même d’en haut. On ne pouvait pas voir, mais on pouvait entendre ce qui se passait sur le pont. Les cris, les ordres, le tonnerre, et quelqu’un qui hurlait, encore et encore, que la côte d’Hillsbrad était proche, beaucoup trop proche. Une voix faible, presque tremblante, couvrit les voix étouffées venant du pont. Un autre gobelin, dont le nom serait rapidement oublié. « On monte ?
- Ouais, » répondit Trench Fuse-Poudre, sapeur dans l’armée d’Orgrim Doomhammer. C’est sur ces mots que le petit groupe de gobelin s’arma rapidement, dans un concert de cliquetis et de jurons. Trench et les siens finirent par sortir de la pièce où ils étaient confinés, puis ils gravirent les marches qui conduisaient au pont. Toute l’eau du ciel se déversa instantanément sur leurs têtes, noyant leurs envies de batailles. Sous le ciel noir, la pluie et la colère, impossible d’apercevoir la côte d’Hillsbrad, impossible de dire si l’astre du jour était présent, ou si la nuit était claire ; impossible de voir les deux autres navires de la Horde, or celui sur lequel Trench se trouvait. Trois navires, une flottille dont la destination était inscrite dans la guerre. Une flottille venue en renfort pour appuyer celle de Marteau-du-destin, qui avait déjà débarqué sur les rivages de Lordaeron. Sur le pont, les soldats de la Horde s’affairaient à former les rangs. Des trolls à la peau verte et des grunts, des défenses et des crocs. Trench et les siens s’étaient détaché du bataillon, à l’écart, en tant que simple mercenaire garant de la Horde. Rien d’autre ne se profilait l’horizon, rien, uniquement le néant, où des existences insignifiantes trouveraient leurs fins, noyées, broyées par la Guerre et les armes. Ce qui attendait les peaux-vertes sur le navire n’avait rien de glorieux, rien d’alléchant, loin des mythes qu’on se fait habituellement de la guerre.
Les mythes où soldats et seigneurs de guerre trouvent la joie de vivre et la gloire dans les combats. Où ils sortent victorieux, le sourire aux lèvres, riant de la mort, ces contes où ils finissent leurs vies entourés de leurs femmes et de leurs fils, non, rien de tout cela. Seulement l’horreur rampante, et un tourbillon de haine aveugle
Là où les deux camps se pensent supérieur à l’autre, ils deviennent, une fois sur le champ de bataille, rien de plus que des bêtes, des bêtes qui réclament le sang du camp d’en face. Humains, orcs, qu’importe.
Tandis que le navire s’apprêtait à débarquer, que les troupes s’apprêtaient à fouler le sol d’Hillsbrad ; une pensée, furtive, insignifiante, traversa l’esprit du gobelin :
Qu’est-ce que je fais ici ?


Dernière édition par Trench le Mer 25 Avr - 19:21, édité 1 fois
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Trench

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MessageSujet: Re: Tranche de vie : Les flammes de la Guerre   Mer 25 Avr - 10:31

II.Les Feux Purificateurs de la Guerre






La boue, et l’idée des flammes à venir. La colonne de guerrier venu des navires qui fonçait vers un village fortifié qui n’avait ni nom ni espoir de renouveau.
Tandis qu’orcs, trolls, et gobelin, se marchaient dessus et mimaient un ordre de bataille, entre les pins d’Hillsbrad, quelque chose remua dans les plies de la tunique de Trench. A moins que ce ne soit rien d’autre qu’une idée qui germa dans l’esprit du gobelin. Le lourd paquetage d’explosif écrasait littéralement le petit corps, et ce dernier avançait en rampant, s’adossant aux rochers avec peine. Les grunts se bousculaient, les trolls s’insultaient, rien d’autre que la haine. La haine qui dissimulait la peur de la mort, la peur de la bataille. Trench et les siens avançaient avec la grâce d’une bande de poules, maintenu au sol par leur propre poids. Et cette pluie. Cette pluie qui ne cessait de tomber. Elle transformait la terre en boue, et les soldats en bloc de crasse.
Marteau-du-destin n’avait demandé qu’une chose : un déchainement de violence. Total et inexorable, sur l’Alliance de Lordaeron. L’ordre était de piller, massacrer, détruire, violer, brûler. La pensée Trench se s’arrêta net. Brûler. Pourquoi cela se répercutait-il dans l’esprit du gobelin ? Comme quelque chose qu’on ne peut saisir, mais qui est pourtant là, à rire de nous. Une idée.
De nouveau la démangeaison dans les plies de la tunique rapiécée de Trench.
Il tenta de porter la main à son cœur, en proie à une nausée. Il fut rapidement bousculé, mit à terre par une masse de muscle verdâtre. Une insulte, un nouveau coup porté sur le gobelin, qui gisait à terre. Mais tout cela semblait trop lointain, trop insaisissable. Seule une chose occupait l’esprit de Trench :
Ce qui se trouvait dans son vêtement. Ni la guerre, ni le village fortifié qui était sur le chemin de la troupe, ni l’orc qui venait de lui porter un nouveau coup.
Un mot. Une idée. Brûler.
Trench fut rapidement ramené à la réalité, la boue s’était de nouveau incrustée partout, elle occupait sa bouche, obstruait ses yeux, lui empêchait de penser à ce qui se trouvait dans sa tunique. Trench s’adossa à un rocher, complètement épuisé, abattu, les jambes flageolantes.
Il s’écroula une nouvelle fois, le reste de la troupe contourna rapidement la petite chose surchargée et épuisée. L’idée de tout abandonner, de rester là, étendue dans la boue, lui traversa l’esprit. Ses muscles le faisait souffrir, sa tête le faisait souffrir, le fait de penser lui faisait souffrir. Il voulait rester là, le visage dans la boue.
Mais il y avait cette chose dans son vêtement.
Il défit les lanières de son chargement en grognant, et les barils s’écrasèrent dans la boue. Il porta ses mains à son cœur, il fouilla dans les replies de sa vielle tunique de cuir rapiécé. L’air miséreux, le visage couvert de crasse, le gobelin tira enfin quelque chose d’une de ses poches. Il avait ce qu’il le démangeait entre ses mains.
Ça le subjugua de sa simple présence, l’envoya voler vers d’autre cieux. L’objet au creux de sa main sale semblait être enrobé de merveilleux, de magie.
Cette chose avait une existence, une pensée, une vie qui valait celle de tous les soldats réuni dans cette guerre. C’était un objet que convoiterai tous les seigneurs du Nord, c’était un objet qui pouvait apporter sa bénédiction sur toutes les personnes de cette terre.
Cette chose, dans le creux de sa main, était d’ascendance divine.
Son briquet.
Encore protégé par l’habit du gobelin, celui-ci avait résisté aux intempéries. Il fonctionnait encore, peut-être. Le pouce ganté fit tourner la molette.
Une fois.
Deux fois.
Une lumière, une braise. Une existence balayée en un clin d’œil. Les larmes montèrent aux yeux du gobelin, et il répéta le geste, toujours confiant. Mais cela se répéta encore et encore. Le petit éclat de feu disparaissait instantanément. Le gobelin tressauta, sanglota, et fouilla dans ses poches. Il en tira un petit morceau d’amadou, encore peu touché par l’eau. Il porta l’amadou près de la pierre, tout près de la pierre. Puis il répéta le geste.
L’amadou s’enflamma. Il fut dévoré pendant un instant par le feu, maitre incontesté du petit morceau d’amadou. Ce dernier flamba moins d’une seconde, avant d’être écrasé par la pluie. L’eau se déversa sur le briquet, et sur l’amadou, rendant momentanément muet l’ennemi, et sauvant le territoire de la victime. Mais pour peu de temps. A peine l’eau avait-elle reprit ses droits, que Trench lâcha l’amadou. La pauvre victime s’enfonça dans la boue, attendant son châtiment final. Des dizaines, peut-être des centaines de bottes s’abattirent sur le morceau d’amadou, le broyant, non plus le consumant. Et ainsi des soldats insouciants apporteraient la victoire aux flammes contre la vie. Une bataille sans merci dont seul Trench avait conscience.
Le gobelin ramena son paquetage à lui, il rattacha les sangles et serra avec force, ouvrant par endroit sa chair. La boue et la crasse s’incrusta avec fourberie dans les ouvertures.
Trench se remit à courir. La colonne avançait entre les pins, piétinant l’herbe grasse et ignorant les petits ruisseaux. Ils étaient nombreux, et leur attaque avait été de loin prévisible par le camp adverse. Loin devant le gobelin et la troupe, un village sans nom préparait sa défense. Tout Hillsbrad était prit d’assaut par les troupes de Marteau-du-destin, et ce minuscule comté ne ferait pas exception à la règle. La règle de la guerre et du sang.
Une barricade avait été dressée face aux portes. Une défense bien dérisoire face aux crocs et aux haches. Ça avait commencé. Cette idée chassa toute idée de pensée rationnel chez le gobelin. Il agirait en conséquence.
Trench tira rapidement, de son paquetage d’explosif, un assemblage de six bâtons de dynamite. La pluie, les cris de guerre, l’odeur proche du sang. La direction ? La pluie et les guerriers qui chargeaient avaient transformé les abords du village en un chaos sonore et mortel. Le bruit familier du fer des haches contre l’acier des lames. La morsure de l’épée dans la chair. Le craquement sonore d’un crâne qui cède sous un marteau de guerre. Et des hurlements. Des hurlements, qui jaillissaient de gorge humaine, droit devant. Et toujours le chaos et la mort qui frappait à chaque instant. Trench ne devait compter que sur la chance. Grâce à l’objet de salvation, dans le creux de sa main, le gobelin alluma la mèche commune des six bâtons. Et de toutes ses maigres forces, il lança l’explosif. En cloche, devant lui. Un éclair de douleur traversa son bras détendu, et ses muscles semblaient brûler avec le geste. Il trébucha et failli se retrouver une nouvelle fois le nez dans la boue.
La carrure du gobelin ne lui permettait pas de voir si son explosif avait ou non atteint la bonne cible. Autour de lui, rien que des coups, des armes, des viscères, des corps qui tombaient dans la boue, déjà maculée de sang. Dans ce tumulte où l’hémoglobine était maitresse, Trench ne voyait même pas la barricade. Mais il savait où elle se trouvait.
Et puis elle vint.
D’abord une détonation puis, scindant la mêlée en deux, le visage de la déflagration. Un dôme d’une exquise beauté, qui brisa le linceul que formait la pluie pendant une fraction de seconde. Et puis tout fut chassé. L’onde de choc traversa la scène, renversa la barricade, et les flammes consumèrent la chair des défenseurs. Une sensation délicieuse pour Trench, une chaleur qui envahissait ses sens, et il fut traversé par un court spasme tandis que l’explosion faisait plier la défense. Et puis, à la fin, vinrent les cris de douleur et de haine. La mort qui s’engouffrait dans les brèches causé par l’explosion. Et cette dernière eue de multiples filles un peu partout autour du village. Les autres sapeurs, ceux qui avaient eu autant de chance que lui, opéraient maintenant aussi bien que lui.
Les orcs fondirent sur les rangs de l’Alliance, hurlant leurs cris de guerres et louant la Horde.
Trench était assez petit pour se faufiler entre les combattants qui chargeaient. Il avait la même cible que tous ses congénères : le mur interne. La ligne de l’Alliance fini par se briser sous l’écrasante charge de la Horde. Pics et javelot troll sifflaient et passaient par-dessus les orcs, pour atteindre les soldats qui tournaient lâchement les talons. Un corps s’écroula lourdement près du gobelin. Homme ou Orc ? Impossible à dire. Il en fut de même pour d’autres corps, indéfinissables. Les pertes étaient nombreuses, et la mort, partout. Mais il n’y avait qu’une seule chose dans l’esprit du gobelin. Courir. Sprinter, ne pas changer ne direction. Ne pas penser au poids du chargement, ne pas penser aux muscles qui le brûlaient littéralement. Uniquement la course, dans la boue et le sang, entre la mort et le fer. Ce qui pouvait le consoler était encore dans sa main, il serrait à se faire saigner. Mais le briquet était toujours là. L’objet de toute sa convoitise tenait bon, et les deux barils de poudre… Les deux barils… étaient sûrement trempés. La poudre de même ? Le gobelin ne pouvait tirer de conclusion. Il fallait purement et simplement essayer.
Autour de lui, les humains avaient déjà cédé la majeure partie de la barricade morcelée à la Horde, hurlante et réclament le sang. Il fallait agir, le village était fortifié. Il fallait attaquer le mur.
Trench lâcha un hurlement. Pourquoi ? La pression, la douleur, la fatigue, l’horreur, le plaisir. Autant d’émotions que de sensations. L’ivresse de la bataille, le plaisir de donner la mort, la peur de la recevoir. Il fonça éperdument contre le mur, et il fini par s’écraser au sol. Il haleta, encore une fois recouvert de boue et de sang. Il défit rapidement ses sangles, et laissa tomber à terre les deux barils remplit de poudre. Une mèche dépassait de chacun d’eux, prête à l’emploie. Son briquet. Il le reprit rapidement, et, presque avec joie, alluma la mèche. Rien. Cela ne prenait pas, la mèche était donc complètement trempée. Il ressaya, encore une fois sanglotant, semblable à une petite fouine orpheline. La chaleur de sa mère ne revenait pas. Il essaya avec le second baril. Et cette fois, l’espoir revint. La mèche s’alluma brièvement, et grésilla, se consuma, courut vers le baril et la poudre. La minuscule étincelle semblait joyeuse, honoré d’apporter sa pierre à l’édifice de sa maitresse ardente. Mais l’étincelle mourut avant d’atteindre son but, terrassée par la pluie constante. Alors, Trench poussa un cri déchirant, de tristesse pure. Il frappa la pierre du mur dérisoire, hurla, versa toute les larmes de son corps. Ne pas avoir atteint les buts escomptés par la Horde et sa troupe de sapeur… cela importait peu. Mais elle était morte, Foutresang ! Le simple fait que la flamme avait disparu… l’avait littéralement déchiré. Il s’interrogea, alors, au beau milieu de la bataille. Pourquoi ? Cet état d’esprit était vraiment inconsidéré, de provenance inconnue. Et surtout, il n’avait pas lieu d’être. Il ne devait pas perdre de vue son objectif : réduire le mur et le village à l’état de ruines fumantes. Alors, le gobelin recommençait. Réessaya, ne cédant pas au désespoir.
Alors, l’espoir revint sous une forme ardente. Trench avait vu une autre étincelle courir vers le baril de poudre. Alors, ne s’assurant de rien, il se leva et couru. Aussi loin que possible.
D’abord, quelque chose éclaira le voile sombre que formait la pluie, quelque chose déchira la pénombre due aux arbres et aux nuages. Et un ultime instant de bonheur, et Trench, baigné dans la lumière, atteint le septième ciel.
Puis il fut projeté violemment en avant.
Alors, tout revint. Le chaos, le sang, les entrailles, la boue, la guerre. Trench vit pendant un court instant les rangs de haut, eux aussi ravagés par le souffle de l’explosion. Qu’ils soient allié ou ennemis, tous avaient été ébranlé par la force de l’explosif. Et le gobelin plus que les autres quand il s’écrasa entre les cadavres. Tout était flou, à ce moment-là. Il entendit vaguement les pierres retomber au sol, eu du mal à comprendre ce que hurlait un centurion. Seuls quelques brides parvinrent à ses oreilles : « la brèche… la brèche… ». Le visage dans un bourbier sanglant, Trench essaya de bouger. En vain. Chaque parcelle de son corps le faisait souffrir, chaque mouvement apportait un vif éclair de douleur dans le cerveau embrumé du gobelin. Il n’était plus rien, sinon un corps de plus dans la boue. Les orcs chargèrent en hurlant leur haine à l’Alliance, et plusieurs bottes vinrent heurter le corps endolori du gobelin. Trench fini par basculer dans l’inconscience, le corps couvert de blessure, la boue l’empêchait de respirer, le visage de tous les grunts et soldats morts l’empêchaient de penser. Le monceau de cadavre l’empêchait de se lever.
Alors, sa vision se voila. Tout était fini.

* * * *


Les cris, les retardataires qui couraient vers le village. Il se réveilla. La vision encore voilée de rouge, le gobelin parvenait à faire bouger ses membres. Le ciel semblait plus clair, et plus chaleureux. Les membres, la respiration, tout était plus au moins optimale. Trench se leva en poussant un cadavre sur le coté. Il grogna et vacilla. Alors, il vit. Le ciel n’était pas plus clair, pas plus dégagé. Non, des nuages noirs et bouillonnants montaient vers les cieux.
C’est la première chose qui le frappa. Puis vinrent les cris. Les hurlements. De douleurs, de colère, de haine, des cris qui se noyaient dans la gorge des hommes au même temps qu’ils s’écroulaient dans la boue. Pour chaque cri, une existence s’achevait. Puis alors l’odeur. L’odeur de chair brûlé, l’odeur de sang, de bois brûlé, et de cendre. Et cette fumée acre.
Le village fortifié brûlait, brûlait enfin. C’est ce qui avait paru plus clair pour Trench, lors de son réveille. Cette simple vision suffit à revigorer le gobelin. Son paquetage était tombé, seul subsistait son arme, une médiocre hache de fer. Mais il l’avait toujours au creux de sa main. Le briquet avait ouvert sa chair, et il avait toujours ses précieux explosifs. Trench n’était vraiment pas un guerrier, sa hache n’était rien de plus qu’un outil pour se défendre. La véritable arme du gobelin, c’était ces bâtons bourré de nitroglycérine et de poudre. Il n’avait rien à faire, là-bas, au village en feu. Mais il devait y aller. Il éprouvait encore une fois cette irrépressible attirance pour les flammes et la fournaise qui prenait vie devant lui. Cette chose qui venait des tréfonds de son esprit, quelque chose qu’il ne pouvait comprendre. Mais qui lui plaisait. Oh oui, affreusement. Et quelque chose lui disait que la hache de fer dont il s’était équipé n’était pas son seul moyen de défense. Encore ce sentiment indéfinissable, encore cette démangeaison dans le creux de sa main. Sa main qui saignait. Sa main qui portait son briquet. Il fit tourner la petite roue du briquet entre ses mains endolories. Il regarda le village en feu et ce qui s’y déroulait. Il répéta le même geste. Et d’un, il couru vers la brèche qu’il avait lui-même crée. Que pouvait-il faire, là-bas ? Son travail était fini. Il ne pouvait combattre, ni égaler la puissance d’un grunt, ni se battre avec la même fourberie qu’un chasseur de tête. Mais il devait le faire. Il devait se rapprocher du village en flamme, le ressentir au plus profond de son âme. Dépassant les retardataires, et courant avec habilité entre les corps. Il atteint le mur avec une rapidité déconcertante. Certes n’était-il pas tombé si loin, mais quelque chose lui donnait la force d’avancer en ignorant la douleur que lui procurait chaque mouvement.
Il passa donc la brèche dans le mur. Ce mur qui ne faisait guère plus qu’un mètre d’épaisseur, et au moins trois ou quatre mètres de haut. Une protection bien dérisoire que le feu avait aisément défait. Des pierres empilées et assemblées, mises en forme et enserrées par des poutrelles de bois, pour les maintenir.
La brèche était véritablement béante, et assez large pour laisser passer au moins trois grunts en rang. Le gobelin entra dans l’enceinte du village sans nom. Derrière le mur, les miradors de bois avait été abattus et brûlés par les orcs. Trench regretta amèrement de ne pas avoir pu prendre part aux festivités. Mais son sacrifice avait permis l’effusion de sang désirée.
Le village, quand à lui, était bâti selon le modèle habituel des peaux-roses. Un hôtel de ville surplombait une place centrale. En face d’hôtel de ville, sur l’autre rive de la place, une caserne brûlait, il s’y échappait des cris de douleur réguliers. Trench voyait la place entre une tour et la caserne en flamme, à quelques mètres de lui.
La caserne n’était pas la seule à brûler. Le siège du maire, les petits quartiers, la minuscule chapelle, les échoppes de la place. Tout était la proie des flammes. Le village entier.
Au centre de la place, trônait une fontaine de pierre, l’eau l’avait certainement déserté depuis longtemps, et les reflets cristallins et tranquilles avaient été remplacés par le sang des peaux-roses. Une poche de résistance se battait contre les grunts, sur la place. Une vingtaine de soldats, tous arborant un tabard blanc où était cousue l’image d’un aigle bicéphale de couleur bleu. Les piquiers et les épéistes formaient un carré, tentant de protéger les civils survivants. Un carré qui finirait brisé.
Bientôt, quand les troupes de Marteau-du-destin auront nettoyé les rues adjacentes, le gros de la petite armée convergeraient vers le carré, et tous – femmes, enfants, soldats – seront écorchés vifs. Trench prit rapidement la décision de longer le mur vers les maisons, à l’ouest.
Il recommença à courir, la proximité avec les flammes lui donnant un courage et une force inespérées. De suite, il entendit les cris. Chaque existence, chaque mort qui périssait dans les flammes, procurait au gobelin une forme de… plaisir ?
Le gobelin s’arrêta net. Il stoppa sa course à l’ombre cuisante d’un bâtiment qui aurait pu être autrefois un minuscule dispensaire, avant que les flammes viennent tout détruire. Tandis que, dans son champ de vision, les grunts s’affairaient à exterminer chaque citoyen et chaque milicien dans les rues, il repensa à ce qu’il venait de comprendre. Voir périr quelqu’un dans une fournaise lui procurait donc un certain plaisir. Il prit du recul, examina les possibilités et les causes avec calme. Et puis il se rendit compte d’une chose.
En dehors des murs, sous la pluie battante et entre les pins d’Hillsbrad, il avait ressenti beaucoup de chose. La fatigue, la douleur, et l’incapacité d’explorer ses pensées. Une foule de sentiments négatifs avait été son compagnon dans la boue, à l’ombre de la guerre.
Et, une fois qu’il était dans le bain, une fois qu’il était entouré par les flammes et la guerre, la vraie ; il finissait par réfléchir, par ignorer ses blessures, par agir une certaine forme de joie de vivre et d’envie de flamme. Il se tint droit, et observa ce qui occupait toute sa pensée. Le feu. Le feu dansant qui dévorait les bâtiments des hommes. Les flammes dansantes, riantes, qui projetaient des ombres alléchantes tout autour du gobelin. L’odeur de la chair brûlé, de la guerre. Il était au cœur du brasier.

Le feu. Rien que le souffle ardent et hurlant. Nul raison, nul ordre, seulement le brasier. Comme une toile de fond, constante, abstraite, et tentante.

Il se souvenait. Il se souvenait de ce qu’il avait « rêvé » dans le bateau. Il se souvenait de ce qu’il avait désiré ces derniers mois. Il se souvenait de qui l’avait tourmenté ces derniers mois.
Il s’avança, les yeux grands ouverts, assaillis par la fumée acre et irrespirable. Captivé par cet incroyable spectacle qu’était celui des flammes dansant sur la chair et le bois. Il fini par s’avancer calmement jusqu’au centre de la rue, là où les cris et le combat était audible au maximum.
Un coup de taille. Une épée vint frapper le flanc du gobelin, le ramenant à la réalité. Un cri de douleur ne parvint pas à franchir ses lèvres, et Trench émit à la place un gargouillis qui trahissait sa surprise. Fort heureusement, la lame était plutôt émoussée, elle meurtrit sa chair, mais la morsure de l’acier n’était pas profonde et encore moins fatale. Un craquement, léger et humide, retentit au niveau de son flanc, lui signalant qu’il était blessé autrement. Une douleur fulgurante au niveau des côtes, et le gobelin s’affala dans la boue, une nouvelle fois. Il se réceptionna sur son bras, et son ventre ne toucha pas le sol.
Le coup le ramena à la réalité, et la douleur le tira vers un monde bien plus précis que celui dans lequel il était plongé. Les combats faisaient toujours rage dans les rues. Et ce gobelin qui n’était captivé que par les flammes avait été une cible facile pour les miliciens.
Le gobelin se releva rapidement, ignorant son flanc. Il dégaina son arme et, haletant, prit le temps de détailler son adversaire.
Un chevalier vaillant, aux cheveux longs, et portant une épée étincelante, tuant les peaux-vertes, et faisant honneur à l’aigle bicéphale ? Triste image que se font les gens de la guerre et des soldats.
Ce devait être un palefrenier, il empestait l’écurie et le foin. Des cheveux roux, coupés courts, et un visage déformé par la peur autant que par les taches de rousseurs. Un gamin de seize ans, croulant sous son armure de cuir bouilli. La lame était de fer, usé. La garde de l’épée semblait tressauter, mais c’était la main du garçon qui tremblait. Il était fait pour brosser la crinière des cheveux, et pour nettoyer la merde des « royales étalons ». Il ne devait pas faire la guerre. La peur se lisait sur les traits juvéniles du garçon, et il avait choisi un adversaire à sa mesure. Le gobelin devait manier les armes aussi bien que le rouquin. Mais Trench était intelligent, et il comprenait ce que cela impliquait. Néanmoins, la première attaque du gobelin ne refléta pas ce trait de sa personnalité. Une simple attaque, à la hache, de taille.
Navrante lame contre piteuse hache. Un sapeur crasseux face à un adolescent puant. Tel était la réalité de la guerre.
Le choc résonna le long de bras du gobelin, et la douleur dans ses muscles revint. Le garçon avait paré. Alors, le gobelin attaqua de nouveau, visant encore une fois le centre de la poitrine. Une nouvelle parade, une nouvelle douleur. Trench comprit qu’il ne l’emporterait pas ainsi. Pas de front, il n’avait aucun talent de combattant. Un rapide coup d’œil vers une maison en flamme. Il tenait sa victoire. Son regard avait porté vers une terrasse surmonté d’un toit, devant une maison, soutenue par des colonnes de bois, et la porte de la chaumière était grande ouverte.
Il para un nouveau coup de lame, et tourna le dos à un adversaire surpris. Le garçon, croyant avoir fait fuir son adversaire, se lança à sa poursuite. Trench se plaça devant la maison à terrasse, et évita un grossier coup d’estoc venant du garçon. Ils échangèrent leurs places, et le garçon, sous le toit en feu de la terrasse, était maintenant de dos à la porte ouverte. Alors, Trench rassembla toute son énergie, et inspira profondément.
Puis il chargea, tête baissée. Son crâne heurta l’armure en cuir bouilli du garçon, et le gobelin retint un cri de douleur. Elle venait de partout, ses bras, sa tête, ses muscles, ses côtes. Le choc fit reculer le garçon, qui, entré dans la maison, perdit l’équilibre. Le coup de tête de Trench l’avait envoyé dans la maison en flamme.
Le garçon, cloué au sol, jeta un regard au gobelin. Un regard suppliant, un regard d’enfant, qui ne demandait que de la pitié.
Alors, Trench esquissa un sourire, dévoilant toute ses dents noires et pourrissantes. Puis, le gobelin envoya plusieurs coups de hache dans les colonnes de bois, qui soutenait le toit de la terrasse. Après avoir envoyé sa hache dans deux colonnes de bois, il s’écarta de la terrasse. Un craquement.
Le tout, fragilisé par les flammes, s’écroula devant l’entrée de la maison. Le garçon était enfermé, condamné à rôtir comme un porc.
Puis Trench éclata de rire. Il se tint là, devant le meurtre d’un pauvre gosse. Il se tint là, prit d’une hilarité surprenante. Il était fait pour ça. Il était fait pour tuer avec les flammes. En lieu et place de l’acier, c’est les flammes qu’il utiliserait, désormais. Et cela le rendait heureux.
La guerre, la boue, les explosifs, l’acier, le sang. Tout cela le répugnait, la guerre, il détestait. Mais jeter un adolescent dans un four géant, il avait adoré. Oh oui, il avait savouré chaque appel à l’aide étouffé du garçon, il avait savouré chaque cri de douleur et de peur, à mesure que la chaleur et le volume des flammes augmentaient dans la maison. Puis, le toit tout entier s’était écroulé, les cris et les pleures furent ensevelis sous les flammes.
Et Trench sentit la joie de vivre pénétrer son esprit.
La bataille s’estompait, la joie revenait, les derniers humains périssaient. Le carré, sur la place centrale, fut brisé. La flèche de l’hôtel de ville tomba, et l’horloge s’écrasa sur le sol.
La bataille était terminée, les flammes avaient tout dévorés.
Trench fut pris d’une soudaine envie de danser. Il avait envie de bouger, de s’amuser, de rire, entre les flammes, entre son royaume. Il se balança d’un pied sur l’autre, imitant une danse humaine. Et toujours cette hilarité. Il fit bouger ses bras, son corps. Son corps sans douleur, sans contraintes. Il cru s’envoler, s’envoler vers la joie. Ces couleurs, cette chaleur maternelle.
Tout autour de lui. Du coin de l’œil, il vit un groupe d’humain armé de fusil s’enfuir, aux abords du village coloré. Il s’en fichait. Il n’allait pas donner l’alerte.
Il voulait danser. Et il dansait.
Et tout revint.
La douleur, la guerre, la boue et la terre dans sa bouche. Sur sa gauche, un des derniers humain finissait sa vie avec une hache en travers du visage. Plus loin, un troll décapitait les mourants, et épinglait les femmes au sol avec sa lance. Les flammes étaient maitrisées, et les corps des soldats trainés par les grunts pour être empilés sur la place centrale.
La tunique de Trench était brûlée par endroit, de même que sa peau. Une douleur déchirante à chaque pas, à chaque mouvement, tout son corps lui faisait souffrir. Et il ne voulait plus danser. Il ramassa sa hache en grognant de douleur. Le visage fermé, il traversa la rue, pour se diriger vers le mur sud, à l’opposé de la brèche. Chaque pas était un calvaire, une souffrance, une contrainte. Un autre sapeur se dirigea vers Trench, sûrement quelqu’un de son unité. Ça n’avait pas d’importance. Trench n’avait que peu d’estime pour autrui. L’autre gobelin avait encore son pack d’explosif, et semblait content que tout cela soit fini. Il était vêtu de la même manière que Trench, un tabard de la Horde qui renfermait une plaque de métal, et il portait même un chapeau de pécheur. Il souriait.
Trench marmonna une insulte. Au premier regard, il ne l’aimait pas. Il ne voulait pas le connaitre. Il grogna à l’encontre du gobelin, sans que celui-ci s’en rende compte.
Qu’est-ce donc que cela ? Le gobelin huma l’air, qui semblait chargé de… murmures ? Un bruissement. Celui de la flamme.
L’autre sapeur eu immédiatement la tête brûlé, pas un cri de douleur, encore moins de surprise. Une boule de feu avait traversé l’atmosphère et touché la tête du sapeur, emportant la peau et la vie. Son chapeau et ses cheveux gras avait flambés, et le contenu de ses orbites s’était évaporé. La détonation vint plus tard, alors que le corps fumant du gobelin s’en allait toucher terre. Trench mit beaucoup de temps à réaliser.
Une boule de feu, sortie de nulle part, avait emporté la tête du gobelin qui était en face de lui, et l’avait tué instantanément. Trench ne manquait pas d’initiative.
Il se jeta à terre, et une autre boule de feu passa au dessus de sa tête en grésillant. Le corps du gobelin fut parcouru d’un spasme, de même qu’une douleur déchirante. Certes ce geste venait de lui sauver la vie, mais il avait aussi aggravé sa douleur et ses blessures. Il lâcha un cri de douleur, et roula sur le coté. Une autre boule de feu vint exploser à coté de lui, projetant de la boue vitrifiée et des étincelles partout. Trench, le corps perclus de douleurs, se releva aussi rapidement que possible. Une autre boule de vint frôler sa tête, mais l’objet incandescent continua son chemin, s’écrasant un peu plus loin. Puis il y eu un coup de feu.
Trench poussa son cri de douleur sur le tard, alors qu’il venait de porter sa main au coté droit de son visage, brûlé. De plus, la source des orbes de flamme semblait s’être épuisée. Et cette source se tenait juste devant lui.
C’était un orc.
Un orc en robe rouge sombre. Trench plissa les yeux pour le détailler. L’orc portait à ses côtés un bâton orné d’un crâne, et il arborait des épaulières qui semblaient faites d’ossements. Son capuchon était absent, et révélait son crâne nu et tatoué. Son appartenance au Conseil des Ombres était pourtant claire. Mais pourquoi l’avait-il attaqué ? Et surtout, il était blessé, au flanc, quelque chose l’avait touché. Trench se souvint du coup de feu, puis il prit le temps de regarder autour de lui. L’orc n’était pas le seul. Partout, dans le village fumant, on entendait des hurlements. Qui venait de gorge d’orc, cette fois. Mais c’était des cris de défis, et le mot « Trahison ! » revenait souvent. Une sorte de chaos était retombé sur le village en ruine. Quelques éclats enflammés, des cris, des mots, le fracas des armes. Les orcs semblaient s’affronter entre eux, et, parmi les rebelles, beaucoup de démonistes et de lanceurs de sorts. Et quelques coups de feu, plutôt rare.
Alors, Trench se tourna vers une colline boisée aux abords du village. Il s’était souvenus du groupe d’humain qui avait grimpé sur le petit surplomb, ils étaient armé de fusil et profitaient sûrement de la discorde pour tuer quelques orcs.
Trench eu le temps d’en voir un. Puis ce fut tout.
Il avait fait feu.
Le gobelin savait qu’il avait été touché. Il savait. Il avait compris que du plomb brûlant avait pénétré sa chair. Il pencha la tête, surpris, et regarda son torse droit comme un bâton. Pas d’impact sur ses membres ou sur le reste du corps. Étrange. Mais il savait qu’il était touché. Et c’est à ce moment qu’il senti le courant d’air. Dans son orbite droite.
Là où il aurait dû se trouver un os temporal.
Le moment de regarder ses blessures éventuelles et de constater cela… ça n’avait duré qu’une poignée de seconde. L’instant d’après, il était cloué au sol, sur le dos, encore une fois dans la boue. La bouche entrouverte, l’œil gauche partiellement fermé, il n’avait plus l’idée de bouger. Il oscillait entre l’inconscient et le conscient. Il ne lui reste que des brides de cet instant de « flottement ». Un chaos. Un groupe de gobelin. Une civière. Puis le néant était retombé sur son monde.

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Trench

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MessageSujet: Re: Tranche de vie : Les flammes de la Guerre   Mer 25 Avr - 10:47

III. Retour parmi les vivants







Il se croyait sur un bateau. Il n’avait pas débarqué à Hillsbrad.
Trench ouvrit les yeux. Ou plutôt, l’œil. Pourquoi on l’avait mit dans un lit ? Trench, d’une main tremblante, toucha le sol. Ce n’était pas vraiment un lit, mais plutôt un ramassis de fourrure sale. Et pourquoi cette chose sur son visage ? Il avait les mains tremblantes, mais il n’avait mal nulle part. Mise à part cette affreuse migraine. Quelque chose d’infernal écrasait sa tête, qui devenait monstrueusement lourde. Tellement lourde qu’il ne sentait rien sur le coté droit de son visage. Encore moins son œil. Tout était flou, sûrement ce qui lui écrasait la tête lui bouchait-il la vu. Il bougea faiblement les bras, tentant de chasser ce qui était assis sur son visage. Selon lui, un péon stupide.
Un imbécile qui aurait trouvé amusant de s’assoir sur son visage. Du moins, cela pesait aussi lourd que le cul d’un orc. Trench pouvait bouger les membres, le buste. Il se tortilla faiblement et agrippa l’imbécile qui s’était assis sur son visage.
Sauf qu’il n’y avait rien.
Personne ne s’était assis sur son visage, pourtant, il avait toujours l’impression que quelque chose l’écrasait. Il avait toujours l’impression que quelque chose pressait le coté droit de son visage. Quelque chose qu’il ne pouvait enlever. Cela l’écrasait tellement qu’il ne pouvait plus bouger son œil droit. Les faubourgs de son œil lui faisaient mal, tellement mal…
Il porta la main à son œil douloureux. Et il ne rencontra que du tissu. Un énorme bandage recouvrait la partie droite de son visage. C’est pour ça qu’il ne voyait rien ; ce qui lui obstruait la vue était simplement cette énorme masse de tissu mouillé et imbibé de liquide non-identifiable. Il ne pouvait l’arracher. Il avait, en réalité, véritablement peur de l’arracher. Peur de l’enlever pour découvrir ce qu’il était advenu de son œil et de son visage. Mais il devait le faire, peut-être que cela soulagerai l’impression « d’écrasement ».
Un petit bras, verdâtre et sommairement musclé, retint la main de Trench. C’était un autre gobelin. Une tenue de cuir surmonté d’un tabard de la Horde dissimulant une plaque de fer et d’acier. La tenue des sapeurs. Ils devaient être dans la même unité. Mais Trench ne se souvenait plus de son nom. Il ne se souvenait plus de son unité, plus de la bataille, plus de rien. Sa tête n’abritait qu’une suite d’image, un amalgame chaotique de sensation. Le gobelin, face à lui, ouvrit la bouche pour parler. Des lèvres du gobelin ne filtrèrent que de légers murmures, aussi audibles qu’un zéphyr. En réalité, tout lui semblait assourdis, et seul sa respiration produisait un son pour lui. Il se noyait dans son propre monde. Trench retomba dans ses fourrures, ignorant son interlocuteur.
Puis tout lui revint.
La bataille, les sons, la mémoire. La façon dont il avait apporté la mort à un gamin de quinze ans. Les flammes. Les flammes qu’il avait vues tout au long de la bataille. La douleur, la boue, la pluie, les cris et encore la désagréable odeur de chair brûlé. On lui avait tiré dans la tête !
Puis Trench se mit à hurler, à se débattre, le cœur au bord des lèvres. Il sombrait peu à peu dans le noir, une nouvelle fois. Paisiblement.
D’un point de vu externe, le gobelin désormais borgne était loin de s’endormir « paisiblement ». Il était pris de convulsions sur son minuscule lit de fourrure, et l’autre peau-verte au tabard de la Horde fut griffé et mordu plusieurs fois. Ils furent trois grunts à le maitriser, et à l’enfermer dans une cage en compagnie des quelques renégats du Conseil des Ombres.


****
« Allons ! Réveilles-toi ! Nous sommes les deux derniers. » Ce furent ces paroles qui tirèrent Trench du monde noir où il était plongé. C’était un orc qui avait prononcé ces mots, et il se tenait devant lui, les canines dévoilées en un sourire carnassier.
Le gobelin était sur un lit de paille, dans une cage se balançant légèrement. Il avait tous sa tête et ses souvenirs, et ils étaient aussi douloureux que l’était ce qui se trouvait sous l’énorme bandage qui recouvrait la partie droite de son visage. Il se sentait d’humeur massacrante, bon à grogner plutôt que de construire une véritable phrase. Et il se souvenait que l’orc qui se tenait en face de lui était le cultiste du conseil des ombres qui avait tenté de le tuer. Tout comme Trench, il était visiblement blessé au flanc, et apparemment, on lui avait apporté un rudiment des premiers soins. L’orc en robe rouge et noir souriait toujours.
« Tu as eu beaucoup de chance, tu sais ? disait l’orc. La balle t’a touché avec un angle aigu. Ça t’a emporté l’œil et un bout de l’os temporal, mais ça n’a pas touché ni le crâne ni le cerveau. J’étais là, gobelin. Très impressionnant. J’ai bien crû qu’il avait fait le travail à ma place ! » L’orc éclata de rire. Trench fini par articuler quelque chose, tout en jetant un regard noir à l’orc.
« Tu… nous a attaqué ? Pourquoi ?

- Parce que nous perdons cette guerre, gobelin ! Le véritable pouvoir que notre maitre convoite se trouve sous les flots. Le véritable pouvoir se trouve là-bas, et la Horde de Marteau-du-Destin nous écarte de notre objectif ! Nous devions agir ! Et, pourtant, ils nous ont prit pour des traitres. Tes petits copains ont torturés et tués les autres démonistes, et je suis le dernier."
L’orc ponctua sa phrase par un grognement. Trench regarda autour de lui. Il se trouvait dans une sorte de cage à roulette, tirée par deux énormes worgs noirs. Les grunts marchaient lentement, comme s’ils étaient dépassés par la guerre et épuisés par les combats. Le cultiste avait raison. La Horde perdait la guerre et la volonté de se battre. Pourtant, les soldats de la Horde s’étaient jetés dans le village en flamme en hurlant leur haine… Une question vint alors à l’esprit du gobelin.
« Combien de temps ? l’orc éclata de rire une nouvelle fois.
- Deux semaines, petit chose. Dès qu’ils auront vu que tu te sera réveillé, il te sortiront de là. Un soldat de plus, toujours bien. » Deux semaines… Trench vacilla et tomba sur le flanc, dans la paille sale qui recouvrait le sol de la cage. Il se cogna la tête contre les barreaux et son flanc blessé lui arracha un cri de douleur. Le cultiste riait toujours, se moquant de la vie piétinée du gobelin. Il avait perdu son œil, perdu la guerre, il s’interrogeait sur sa raison de vivre… il voulait en finir. Alors que l’orc était toujours en proie à une hilarité incroyable, Trench se mit à pleurer et à vomir dans la cage. Il était resté dans le coma deux semaines… il pouvait au moins s’estimer heureux que les orcs ne l’aient pas abandonné sur le bord du chemin, à Hillsbrad. Il pouvait s’estimer heureux d’être en vie. Mais il voulait en finir avec elle, il voulait tout abandonner après tout ce qu’il avait vécu. Il pensait avancer pour rien, il ne connaissait aucune cause pour laquelle se battre… autant en finir.
Mais…
Il y avait une chose dans la poche de son vieux pantalon. Une chose qui l’appelait. Une chose qu’il connaissait bien. Il plongea sa main dans sa poche et tira l’objet de toute son attention. Il se souvenait qu’il avait été là pendant tout son séjour dans le village en flamme. Et pendant ces deux semaines où il avait erré au pays des songes, l’objet était resté dans sa poche. Peut-être fonctionnait-il encore. Peut-être… Trench savait ce qu’il devait faire. Il savait ce qu’il ferait le restant de sa vie.
Il jeta à l’orc un regard dur, plein de haine, de colère, et d’une joie malsaine. Les rires du peau-verte se noyèrent dans sa gorge. Trench se fendit d’un large sourire à son tour, puis il lança :
« Tu es démoniste ? Présente-toi.
- Eh bien… Non… Je suis pyromancien, originaire du clan du Marteau-du-Crépuscule… affilié au Conseil des Ombres. Mon nom est Togrash. J’espère que tu as une bonne raison de me parler sur ce ton, petite chose verte. »
Surpris au début de sa phrase, l’orc paraissait cette fois agressif et menaçant. Il montrait presque les crocs au gobelin. Mais celui-ci sourit, et fini par lancer, non sans discrétion :
« Je t’offre ta liberté, et tu m’offre ton savoir. Compris ? » L’orc fixa le gobelin avec une extrême surprise, jamais il n’aurait pensé entendre ça dans la bouche d’une de ces petites peaux-vertes couardes qui passaient leur temps à faire exploser des trucs.
Mais désormais, Trench avait choisi sa voie. Il serait libre. Il aurait les flammes au creux de se mains, l’orc n’avait pas le choix. Il était libre. Libre de la Horde, libre de ses engagements, libre de tout. Et puis il était vivant.

Libre comme la braise qui avance aux gré des vents. Comme la braise qui finira, tôt ou tard, par rencontrer une forêt sèche.


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