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 Isadrys, de l'Ambre à l'Ombre.

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Isadrys

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Date d'inscription : 17/02/2012

MessageSujet: Isadrys, de l'Ambre à l'Ombre.   Jeu 23 Fév - 23:14

Quel'Thalas, ses forêts verdoyantes de vie et gorgées de soleil, auxquelles on donna le nom de Chants éternels... La brise légère de ce printemps perpétuel semble donner une voix propre à chaque feuille bruissante sous sa caresse, offrant un coeur discret et agréable à l'oreille pour le promeneur insouciant... Chaque arbre se dresse, fier, ses branches telles des ramures rivalisent d'ardeur pour toucher le ciel, formant torsades et arabesques...

Formes qu'une jeune elfe tentait de reproduire avec ses filigranes de bronze et d'or, penchée sur une table de travail, instruments en main et visage figé par la concentration. Les tiges s'enroulaient sous ses gestes précis, puis finissaient par se rejoindre pour compléter le bijou unique qui venait de naître entre ses mains. Les yeux en amande d'un vert lumineux se plissent lorsqu'un sourire satisfait conclue la manoeuvre. Elle replaça d'une main distraite une mèche de cheveux châtains derrière son oreille longiline, puis leva le bracelet torsadé à hauteur de son regard, le faisant tourner entre ses doigts pour capter la lumière et observer chaque détail. Aucune impureté ne venait ternir l'éclat des matières, l'or et le bronze se mariaient sans heurt pour reproduire des branches enlacées aux feuilles à peine esquissées, offrant au bijou l'aspect champêtre souhaité par sa créatrice.

"Ann'da ! Ann'da !" appela-t-elle.

La jeune elfe se précipita hors de la petite pièce spartiate, pour déboucher dans une plus grande aux divers établis et étagères jonchées de créations scintillantes, ouverte sur l'extérieur. Assis à une table, monocle vissé à l'oeil, un elfe plus âgé aux cheveux longs et d'une blondeur à faire pâlir le soleil leva le nez de son travail. Il déposa ses outils et souffla sur le morceau informe de quartz prêt à la taille, avant d'offrir un sourire à sa fille. Celle-ci trébucha avant de piler devant son père, brandissant avec fierté le bracelet.

"Regarde, je l'ai terminé ! Comment est-il ?"

"Donne-le moi, Izy. Je vais te le dire."

Izy, le diminutif d'Isadrys, le surnom affectueux que son père lui donnait toujours quand ils étaient en famille. Tout comme sa soeur l'employait, elle aussi. L'elfe remit le monocle en place, et examina avec attention le bijou sous le regard impatient de la jeune fille.

"Il est très réussi, déclara-t-il enfin, nous pourrons le vendre un bon prix et tu pourras désormais contribuer à nos créations."

Isadrys ne se tint plus, elle bondit littérallement de joie, lorsqu'un éclat lumineux capta l'attention des deux joailliers. Une elfe au visage en tout point similaire à celui d'Isadrys venait de faire son entrée dans la boutique, le soleil se reflétant dans son armure dorée. Si les cheveux d'Isadrys flottaient librement, ceux de sa soeur jumelle étaient attachées en une courte queue de cheval, ce qui lui donnait un air martial quand celui d'Isadrys gardait un ar rêveur.

"Bonjour Père, bonjour Izy !"

La même voix, un brin plus assurée, on y sentait l'autorité croître depuis qu'elle avait entamé ses études de paladinat. Melluzine avançait d'un pas assuré, la fierté se lisant dans chacun de ses mouvements.

"Mel' ! Tu es là !" fit Isadrys en offrant un chaleureux sourire à sa jumelle.

"Sinu'amanore ma fille, te voilà enfin."

Leur père déposa prestement le bracelet, et se leva en brossant de ses mains son tablier de travail avant de s'avancer bras tendus vers sa fille. Dépassant Isadrys, il étreignit la jeune paladine. Ce fut comme si le soleil capté par l'armure rutilante ternissait l'univers d'Izy. Sa jumelle ne vit pas le sourire fondre de son visage, ni la bataille qui faisait rage dans son coeur... Elle baissa les yeux sur sa robe d'un bleu foncé, presque terne, parée d'un tablier crème marqué par des tâches de brûlure. Soudain, la lumière fut devant elle.

"Soeur ! Je suis contente de te voir !"

Une étreinte métallique chassa quelque peu les idées d'Isadrys, tandis que sa soeur la prenait par les épaules.

"Père me dit que tu travailles avec acharnement ? Quand vas-tu enfin me faire cette parure de bijoux qui feront la jalousie des grandes dames ?"

"Bientôt, Mel'... C'est promis."

"Je n'en doute pas, ajouta celle-ci, je suis certaine que tu seras la plus douée de tout Lune d'Argent !"

Isadrys s'empourpra sous le compliment sans parvenir à répondre intelligiblement. Melluzine embrassa sa soeur sur la joue et retourna s'entretenir avec son père, tandis que la timide joaillière retournait à sa table de travail, pour s'atteler cette fois-ci à quelque chose de plus ellaboré. Elle rassembla ses outils, ses métaux et quelques pierres... Mais les éclats de rire de la pièce voisine semblaient rendre impossible toute concentration... Isadrys posa les coudes sur la table et se prit le front entre les mains...

Personne ne fait attention à toi... Personne...
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Isadrys

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MessageSujet: Re: Isadrys, de l'Ambre à l'Ombre.   Ven 24 Fév - 20:39

Le mannequin de bois, de forme grossière évoquant un soldat, vibrait et tanguait sous les assauts d'une elfe en armure. Le torse du mannequin supportait deux bras écartés, l'un tenant une épée et l'autre un bouclier. La partie entière était censée tourner sous la force des coups plus puissants, afin de forcer l'attaquant à se protéger des bras armés après avoir lancé ses enchaînements... Pourtant, s'il tressaillait, le mannequin ne pivotait nullement malgré les efforts acharnés de son adversaire de chair.

"Encore !" ordonna la voix dure de l'instructeur.

Isadrys tenta un dernier coup, mais l'épée manqua d'une bonne paume le mannequin. L'élan emporta le bras de l'elfe, qui trébucha avant que la lame ne heurte le sol. Ses bras se relâchèrent, ses épaules se voûtèrent et elle tomba sur un genou, le souffle court. Une armure complète pesait sur ses épaules et semblait l'engloutir, comme si un poids plus lourd encore que la masse de métal l'écrasait. Elle tenta de parler à plusieurs reprises, balbutiant quelques syllabes, puis se finit par se résoudre à reprendre son souffle.

"Tu es loin d'y être, Isadrys. C'était médiocre. Tu manques de force et de volonté, la conviction n'y est pas !" asséna l'homme massif à la chevelure opulente, tout de métal vêtu qui semblait une seconde peau pour lui.

"J'e.. J'essaye... Je fais... De mon mieux, maître." réussit à articuler l'apprentie paladine.

"Au suivant."

Tandis que d'un petit groupe d'autres élèves s'avançait un mâle hautain, quelques gloussements s'élevèrent alors qu'Isadrys se redressait avec difficulté. Elle regarda à peine le combattant asséner de puissants estocs au mannequin, se baissant et se dérobant aux bras tournoyants pour le gratifier d'attaques plus précises les unes que les autres. Elle évita le groupe du regard et se tint à l'écart. Au cours suivant, on leur présenta des fruits pourris ou mutilés avec pour instruction de concentrer leurs esprits grâce à la Lumière, et de les soigner.

"Voyez ces fruits comme des corps, expliqua l'instructeur, ce sont les corps de vos amis, de vos frères, de vos partenaires, que vous devrez soigner sur le champ de bataille. Ouvrez vos esprits et vos coeurs à la Lumière et servez-vous en !"

A cet exercice, Isadrys se débrouillait mieux, mais sans être excellente. Elle se concentra un long moment avant qu'un doux éclat ne recouvre ses mains et l'aide à refermer les meurtrissures de la pomme qu'on lui avait assigné pour l'exercice. Même s'il ne retrouva pas son éclat premier, le fruit avait meilleure allure. L'elfe avait découvert que la patience et la concentration nécessaires à l'appel de ses pouvoirs ne différaient pas beaucoup de celles exigées pour ses travaux d'orfèvre sur lesquels elle pouvait passer des heures. Néanmoins, ce n'était pas assez... L'instructeur attendait de ses élèves qu'il soient familiers de leurs pouvoirs, qu'ils puissent y faire appel aussi naturellement que de respirer, et non qu'une discipline appliquée leur permette de les utiliser... Une exclamation rageuse tira Izy de ses rêveries tandis qu'un jeune homme se levait en balaya son fruit de la table d'un geste de colère.

"Ce serait plus facile si nous faisions comme nos prédécesseurs ! Pourquoi ne pas nous insuffler les pouvoirs de la Lumière au lieu de nous entraîner pendant des heures inutilement, je la plierais facilement à ma volonté !" s'insurgea-t-il.

"Silence ! Comment oses-tu regretter une époque où notre peuple s'enfonçait dans d'obscures voies ? N'as-tu rien appris de nos erreurs passées, impertinent ! Hors d'ici !" ordonna le maître.

L'élève dressa le menton d'un air fier, et parcourut le groupe du regard en quête de soutien, avant que ses yeux ne tombent sur Isadrys.

"Toi ! Tu sais bien de quoi je parle, tu devrais être d'accord avec moi ! Tu sais bien que tu n'arriveras à rien de cette façon !"

L'apprentie paladine rentra la tête dans les épaules, jetant des coups d'oeil autour d'elle tandis que toute l'attention était braquée sur elle. Elle s'empourpra et marmonna en secouant la tête de droite et de gauche en signe de dénégation.

"Peuh ! cracha l'elfe, même la plus médiocre d'entre vous ne voit pas que j'ai raison ! Vous échouerez, nos pouvoirs ne seront jamais aussi puissants qu'avant !"

Tandis que l'instructeur d'avançait d'un pas menaçant, le jeune elfe fit volte-face dans un bruissement d'étoffe tournoyante et gagna la sortie d'un pas aérien.

"Ces nobles... déplora le maître paladin. Continuez vos travaux, vous autres !"

L'exercice reprit dans un silence total jusqu'au bout. La journée touchait à sa fin lorsqu'on leur donna la permission de se retirer. Tous les élèves sortirent en groupe de la salle en chuchotant entre eux. Dehors, le soleil déclinait déjà, mais Isadrys goûta avec plaisir un peu d'air frais. Le groupe derrière lequel elle était sortie se dispersa, révélant la multitude d'autres apprentis et autres étudiants ou paladins qui occupaient la place.

Elle aperçut alors un groupe rassemblé autour de quelques paladins en armure, dont faisait partie sa soeur. Melluzine offrait des sourires radieux à tout le monde, parlant d'une voix enthousiaste avec ses compagnons, observée par des dizaines de regards admiratifs devant sa grâce naturelle et son port altier. Isadrys serra les bras autour de sa poitrine et s'éclipsa discrètement en direction du logis familial.
Lorsqu'elle poussa doucement la porte, son père était encore au travail à la lueur de plusieurs chandelles.

"Ann'da... Tes yeux vont s'abîmer de travailler après le jour."

Le joaillier leva la tête.

"Tu as l'air épuisée, ma fille. Où est ta soeur ?"

"Elle ne va surement pas tarder... Elle doit étudier tard, je ne l'ai pas vue." répondit Isadrys en gagnant à pas lents sa chambre.

"Tu devrais cesser cette mascarade, Izy. Tu sais que ce n'est pas une voie pour toi..."

La jeune elfe referma la porte de sa chambre en silence. La pièce était sombre, mais les rayons de lune qui traversaient la petite fenêtre offraient assez de clarté pour éviter de gaspiller des chandelles. Pièce par pièce, Isadrys se délesta de son armure, le poids diminuant un peu plus à chaque attache défaite. Elle plaça méticuleusement l'ensemble sur la silhouette de bois prévue à cet effet qui lui rappelait le mannequin d'entraînement. Elle secoua la tête en se souvenant de sa piètre performance du jour.

Après avoir ôté ses bottes, ses pantalons, puis sa chemise, Isadrys s'empara d'une éponge dans le bassin d'eau fraîche et parfumée qui l'attendait près de la fenêtre. Elle passa un long moment à effacer la tension de ses muscles mis à rude épreuve et à effacer la moiteure désagréable de sa peau après chaque exercice. Une fois propre, elle se glissa dans un ample vêtement et gagna son lit, puis se lova en chien de fusil sous les couvertures, la fatigue ne lui laissant guère le temps de songer au lendemain.
Le bruit du locquet la tira brusquement du sommeil, et le pas léger de sa soeur la rassura. Elle écouta les efforts de Melluzine qui retira son armure en étouffant chaque cliquetis par des gestes lents et précautionneux. Le clapotis de l'eau, puis le froissement des draps alors que la paladine entrait dans son lit, à l'opposé de la petite chambre.

"Izy, tu dors ?" appela-t-elle doucement.

Isadrys cligna des yeux dans l'obscurité, le visage tourné vers la cloison. Elle écouta la respiration de sa soeur ralentir et s'apaiser, non sans se fendre d'un soupir. Elle attendit. Alors que le sommeil la fuyait désormais, la jeune elfe se remémora les ricanements de ses camarades. Arriverait-elle un jour à faire ses preuves ?

Sans bruit, elle s'extirpa des couvertures, ses pieds nus sur les nattes recouvrant le sol de bois de la petite chambre, et gagna à pas feutrés l'autre côté de la pièce. Tout aussi furtivement, elle s'allongea en glissant une main dans celle de sa jumelle.
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Isadrys

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MessageSujet: Re: Isadrys, de l'Ambre à l'Ombre.   Lun 27 Fév - 13:22

A chaque époque sa guerre...

Comme si le temps était rythmé par le fracas des combats...

C'était il n'y a pas si longtemps... Une époque pas si lointaine. Il y avait d'abord eut des rumeurs.

" On dit que le prince Arthas Menethil a tué le roi son père, Térénas. On raconte qu'il chevauche à la tête d'une armée de morts..." déclara Amewiel à voix basse.

Dans la grande pièce éclairées d'une chandelle, la grande et belle elfe discutait avec son époux, qui se voulait rassurant.

" Des rumeurs. Et puis, Lune d'Argent est très bien défendue. Il n'y a aucune raison que nous soyons en danger..." répliqua Elodan en prenant les mains de sa femme entre les siennes.

" Tu as sans doute raison, mais nous devons être prêts. J'hésite encore à partir avec les éclaireurs que le Général Coursevent veut envoyer à la lisière de la forêt... Je ne veux pas m'éloigner de vous trois. Mais je ne veux pas non plus manquer à mes devoirs."

Elle soupira, en proie à une querelle intérieure, tandis que deux paires d'oreilles ne manquaient rien de leur discours. La première encadrait un visage déterminé, la seconde un visage inquiet, toutes deux dans l'embrasure de la porte qui menait à leur chambre. Les deux jeunes jumelles étaient on ne peut plus attentives...

"Reste avec nous, fit leur père, même si un quelconque danger menace nous serons prévenus très vite. Tu pourras aussi te rendre utile ici en cas de besoin. Tes compagnons ne risquent rien tant qu'ils sont dans les bois... Nous sommes protégés."

"Tu es toujours de bon conseil, aussi ferais-je ce que tu dis. J'irais dès demain voir le Général pour le lui dire. Et je me porterais volontaire pour inspecter les défenses alentours. Ainsi, je ne resterais pas en arrière, ni ne me porterais trop loin de notre famille."

Elodan hocha la tête devant la conclusion de sa femme, et tous deux se levèrent pour se coucher. Sans bruit, une porte se referma doucement. On lisait le soulagement sur le visage d'Isadrys, comme celui de Melluzine...

Mais la relative quiétude qu'apportaient les paroles rassurantes de leur mère fut de courte durée... Quelques jours plus tard, le Fléau était là.

Isadrys était assise par terre, ses mains soutenant son front tandis qu'elle tentait d'endiguer la peur croissante qui lui vrillait le coeur. Melluzine quant à elle faisait les cent pas dans leur petite chambre, l'inquiétude se battant avec la frustration et la colère sur ses traits fins. Au dehors, tout n'était que silence... On avait reçu des messages, le Fléau avait franchit la première ligne de défense de Quel'Thalas et marchait désormais sur la cité. Mais il n'y avait pas de raison de s'inquiéter... Lune d'Argent comptait de fiers combattants ainsi que les mages les plus puissants d'Azeroth. Personne ne pouvait vaincre les Hauts-Elfes sur leur propre terrain.

Les pas de Melluzine s'interrompirent soudain.

"Tu entends ?" fit-elle.

Isadrys releva la tête et tendit l'oreille à son tour. Une sourde rumeur grandissait, accompagnée d'un grondement à peine perceptible.

"Je crois que les combats se rapprochent" déclara sombrement sa soeur.

Puis il y eut des cris. Quelque part dans la ville, quelqu'un cria, puis quelqu'un d'autre... Une elfe passa en courant devant leur fenêtre. La porte de leur petite chambre s'ouvrit à la volée, faisant se tourner d'un seul mouvement les deux soeurs. Elodan se tenait dans l'encadrement, le regard fou.

"Sortez ! Sortez ! Le fléau arrive, il faut partir ! Vite !"

Hébétée, Isadrys ne fit aucun geste, la bouche entrouverte. Moins choquée que sa soeur, Melluzine la remit sur pieds et la tira hors de la chambre, sur les talons de leur père. Lorsqu'elle se dirigea vers le cellier, son père la retint.

"Pas le temps de prendre quoique ce soit, nous fuyons !"

Une fois dans la rue, le vacarme devint presque palpable. Le fracas des combats était à peine couvert par le grondement de l'armée en marche, les cris, les grognements, les râles d'agonie... Partout les habitants couraient affolés, déchirant l'air de leurs hurlements de peur. Certains allaient dans tous les sens, d'autres fuyaient dans des directions déterminées... Mais tous à l'unanimité s'éloignaient des portes de la ville.

Un choc plus important que les autres fut suivit d'une clameur horrible, comme des milliers de râles sifflants et de borborygmes gargouillants... La porte était tombée.

D'une poigne de fer, Elodan menait ses deux filles au milieu de la foule en panique. De la fumée commençait à s'élever dans le ciel, obscurcissant les rayons du soleil. Isadrys se laissait entraîner sans crier, les yeux écarquillés, elle ne criait pas. Son regard vide ne semblait rien voir. Un plis déterminé marquait le front de sa jumelle qui tenait également la main de leur père, mais semblait plutôt l'accompagner que se faire entraîner. Quelques soldats commencèrent à se mêler à la foule, on aperçevait ça et là des uniformes... L'armée était en fuite aussi, et si les combattants arrivaient ici l'ennemi n'était pas loin.

Soudain, Isadrys s'immobilisa. Son père fut retenu par cet arrête brutal et se retourna vers elle, imité par son autre fille. Le regard d'Isadrys commença à se tourner de droite et de gauche, comme si elle prenait conscience de ce qui se passait autour d'elle. La jeune elfe semblait réfléchir... Puis la panique se lut sur son visage et elle ouvrit la bouche...

"Minn'da ! Minn'da !"

Brutalement, elle se libéra de la main d'Elodan et partit en courant dans une rue adjacente, vers les portes. Plusieurs soldats et forestiers la dépassèrent en sens inverse, sans se préoccuper d'elle si ce n'est en lui jetant un regard incrédule... Elodan et Melluzine se précipitèrent à sa poursuite. Isadrys criaittoujours en appelant leur mère désespérément...

Devant elle jaillit une silhouette titubante et difforme, qui tourna ses yeux fondus vers elle. Des lambeaux de chair putréfiée tombaient de son corps, les lèvres étaient retroussées en un rictus permanent sur des dents jaunies. Isadrys s'immobilisa, frappée d'horreur. Un second mort-vivant trébucha avant de rejoindre le premier en poussant un râle rauque, puis aperçut à son tour la proie facile. Il tendit le moignon de l'un de ses bras coupé et poussa un grognement qui se noya dans sa gorge. Ce fut comme un signal...

Les deux créatures se jetèrent en avant, dans une démarche irrégulière et désordonnée vers l'elfe qui ne bougeait toujours pas. Au dernier moment, elle se recroquevilla sur elle-même et se cacha le visage en hurlant...

Un cri de rage mêlé de peur lui répondit, elle entendit un bruit mat puis quelque chose éclata comme un oeuf que l'on casse, et elle sentit une odeur répugnante lui attaquer les narines. Isadrys écarta les doigts pour apercevoir le premier mort-vivant étendu sur le sol, le crâne éclaté, tandis que sa soeur se précipitait vers le second...

Il était tenu en respect par Elodan, armé d'une épée qu'il avait récupérée au sol. Il lui porta plusieurs coups de taille, maladroits mais puissants. Melluzine en profita pour s'approcher. La grosse pierre qu'elle tenait dégoulinait d'un fluide poisseux et noir qui souillait sa main. Elle jeta la pierre vers le mort-vivant mais ne toucha pas la tête. La crature se tourna d'un bond, Elodan en profita pour abattre sa lame, tranchant net les vertèbres et faisant s'effondrer le cadavre pour de bon...

Il jeta l'épée par terre et rejoignit Isadrys, encore prostrée sur le sol, tremblante. Ses yeux ruisselaient de larmes.

"Minn'da... Minn'da..."

Melluzine s'approcha à son tour, mais son père l'écarta. La gifle claque comme un fouet, jetant la tête d'Isadrys sur le côté. Ses supplications furent interrompues net, même ses larmes s'arrêtèrent instantanément. Elodan prit sa fille par les épaules et la secoua.

"Elle est morte ! hurla-t-il, Morte ! Elle est morte ! Tu ne comprends pas ? Elle est morte !"

Sans ménagement, il la remit sur pieds et reprit la tête du cortège pour fuir la ville. Les derniers fuyards couraient avec eux. Des bâtiments avant commencé à s'effondrer, plusieurs cadavres frais et d'autres beaucoup moins jonchaient les rues. Ils croisaient parfois des gens aux prises avec un mort-vivant. Isadrys vit même trois créature poursuivre un homme et se jeter sur lui, leurs dents pourries lui déchirer le corps... En travers des portes, plusieurs soldats étaient étendus, et chacun de marcher sur eux pour sortir dans la panique, inconscients de piétiner leurs semblables... Les corps s'agitaient sous les pas, comme agités des derniers sursauts d'agonie...

Ils atteignirent la forêt quand un cri plus perçant que les autres traversa tout l'espace, forçant les réfugiés à se plaquer les mains sur les oreilles. La ville n'était plus que flammes vives et fumées noires. Ils s'éloignaient. Chacun pleurant sa vie, sa famille... Quand soudain, une vive lumière éclaira le ciel avant de s'éteindre, et chacun de s'effondrer avec elle... Au plus profond d'eux-mêmes, les elfes ressentirent la perte du puit de soleil...

A chaque époque sa guerre...

Des forêt verdoyantes de Quel'Thalas aux plaines blanches et glacées, balayées par les vents...

Debout sur le pont du zeppelin, Isadrys regardait approcher le Norfendre. L'air froid gagna ses poumons et la transit jusqu'aux os. Mais ce froid était sans commune mesure avec celui qu'elle avait ressenti alors... Ce jour-là...
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MessageSujet: Re: Isadrys, de l'Ambre à l'Ombre.   

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